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A Villejuif, Philippot vient soutenir un lycéen candidat aux municipales

Dominique Joly, secrétaire FN dans le Val-de-Marne, Alexandre Gaborit, candidat FN à Villejuif, et Florian Philippot, vice-président du FN mercredi.

Dominique Joly, secrétaire FN dans le Val-de-Marne, Alexandre Gaborit, candidat FN à Villejuif, et Florian Philippot, vice-président du FN mercredi. - -

A 19 ans, Alexandre Gaborit est tête de liste FN à Villejuif, bastion communiste du Val-de-Marne. Mercredi soir, il a reçu le soutien de Florian Philippot, vice-président du parti, venu vanter "les mérites de la jeunesse".

"Les patriotes sont de retour". Mercredi en fin de journée, Dominique Joly, secrétaire départemental du Front national dans le Val-de-Marne (94), peine à contenir son excitation. Il est 18 heures, et il présente ce soir la tête de liste FN à Villejuif, 56.000 habitants, bastion communiste depuis 1925. Avec un soutien de taille: Florian Philippot, vice-président du parti. Mais la star est en retard, et devant la brasserie du théâtre, où sera annoncée la candidature du jeune Alexandre Gaborit, une poignée de militants de la CGT ont eu le temps de s'attrouper pour dénoncer "la propagande mensongère du FN".

Dans la brasserie du théâtre, face à la mairie, plane une odeur du tabac froid. Une militante monte sur une banquette pour scotcher au mur des affiches de Marine Le Pen. Alexandre Gaborit, 19 ans, tête de liste à Villejuif, paraît bien chétif aux côtés de Dominique Joly et Florian Philippot. Voix fluette, ce lycéen en terminale, adhérent FN "depuis l'âge de 15 ans et demi", récite ses fiches comme pour un exposé d'histoire. 

Commence avec les impôts locaux qu'il promet de baisser, puis enchaîne avec le besoin de créer une police de proximité. "Ces 250 agents seront équipés d'armes non létales..." "Tu veux dire 25 agents", corrige Philippot avec un petit sourire indulgent. "Heu, oui, 25". Sans se démonter, il raconte sans pudeur l'engagement de ses parents au PS et au Front de gauche, et "les trois quarts" de ses amis perdus depuis qu'il a rendu son engagement public. "Ca passera, tu verras", lui confie Philippot.

Une tête de liste sur 7 a moins de 30 ans

Miser sur les jeunes, c'est un des piliers de la stratégie du Front national. Devant son poulain intimidé, Florian Philippot vante les mérites de "la jeunesse qui travaille, qui a des idées". Il cite "Générations quoi?", une étude sur les jeunes parue dans Le Monde mardi, évoquant une envie de révolte. "Pour moi, il s'agit d'une saine révolte, qui doit passer par le bulletin de vote. Aujourd'hui, la couleur de la révolte ce n'est pas le rouge, c'est le bleu marine". Une petite phrase chargée en symboles dans la ville qui a porté la carrière de député de Georges Marchais.

Pour les municipales, une tête de liste sur sept du FN a moins de 30 ans. Alexandre Gaborit compte parmi les plus jeunes. Des candidats novices souvent séduits par l'arrivée de Marine Le Pen, plus jeune et plus lisse que son père, à la tête du parti. Et qui permettent ensuite au FN de s'installer dans des villes où il peine à s'implanter durablement.

"Alexandre ne sera pas maire en mars", reconnaît d'emblée Florian Philippot. "Mais il sera conseiller municipal, et cela représente une vraie formation. Il sera donc le candidat naturel du FN pour toutes les prochaines élections locales, les cantonales, les législatives, etc." Pour l'instant, l'objectif, "c'est un score à deux chiffres. Et pourquoi pas faire plus qu'à la présidentielle". En 2012, Villejuif avait voté à 12,6 % pour Marine Le Pen, cinq points de moins que son score national (17,9%).

"On connaît vos méthodes, monsieur Philippot"

La ville n'est pas une habituée du FN. La dernière liste montée par le parti aux municipales date de 1995. Depuis, personne n'avait réuni le nombre de colistiers nécessaires. Gaborit, lui, affirme en avoir trouvé 45. "Des personnes de tous horizons, dont certains n'ont pas osé prendre leur carte par peur des représailles", affirme le jeune homme. "Les méthodes de la ville sont dictatoriales, dignes du stalinisme", s'indigne Dominique Joly. Pour Florian Philippot, "que la ville soit PC ou pas, je m'en fiche. Ce qui m'intéresse, c'est le climat. C'est un défi, et cela nous donne encore plus l'envie de gagner".

Pendant la conférence de presse, il a affronté malgré lui les questions d'un "Villejuifois" venu au bar pour l'interpeller: "où sont vos colistiers ?", lance-t-il au jeune candidat, qui esquive. Puis, à Florian Philippot: "parce qu'on vous connaît, monsieur Philippot, on connaît vos méthodes". L'homme est mis dehors au bout de 10 minutes par le service d'ordre.

Un peu plus tôt, la police est venue calmer les tensions entre manifestants et sympathisants FN. Le rideau de fer de la brasserie a été baissé dès 18 heures. Alexandre Gaborit a encore du chemin à faire pour s'imposer. Pour se faire les dents, le jeune candidat dispose désormais d'un sacré os à ronger.

Ariane Kujawski