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Européennes: LaREM accusé de faire du "greenwashing" en mettant l'accent sur l'écologie

Nathalie Loiseau en meeting à Aubervilliers, le 30 mars 2019

Nathalie Loiseau en meeting à Aubervilliers, le 30 mars 2019 - Stéphane de Sakutin - AFP

Révélé mercredi, le programme du parti présidentiel pour la mandature européenne à venir met l'accent sur l'environnement. Un dosage censé permettre à la liste Renaissance de grappiller des points dans l'électorat écologiste.

Les vrais verts, ce sont eux. Du moins, c'est ce qu'entendent marteler les candidats de la liste Renaissance, dont le programme pour les élections européennes est officiellement présenté ce jeudi. Un document de 33 pages contenant 79 propositions, dont la première partie est entièrement consacrée à la transition écologique.

On y trouve notamment un plan d'investissements de 1000 milliards d'euros sur cinq ans et la création d'une "banque pour le climat" pour "orienter l'épargne des européens vers la croissance verte". Soit deux mesures qui figurent - avec un chiffrage différent - dans les programmes d'Europe Écologie-Les Verts et de la liste Place publique-Parti socialiste. 

Les Verts hostiles

De quoi inciter les adversaires d'Emmanuel Macron à accuser celui-ci de "greenwashing" - de "verdir" son programme électoral dans le simple but de grappiller quelques points au sein de l'électorat écolo. Un objectif qui peut sembler hasardeux, mais dont l'aboutissement s'avérera déterminant dans un scrutin où les deux listes en tête sont au coude-à-coude. Les mesures annoncées mardi par le chef de l'État pour préserver la biodiversité n'ont en rien atténué les critiques visant ce choix stratégique. 

"Ce qui est toujours un peu désagréable avec le président Macron et la majorité quand il s'agit d'écologie, c'est que quand il s'agit d'agir, dans ses conférences de presse, il oublie en permanence l'écologie, mais dès qu'il s'agit de faire campagne, de promettre, là il veut en mettre plein les murs", a reproché Yannick Jadot, tête de liste EELV, ce jeudi sur France Bleu Nord.

Cette hostilité vis-à-vis de LaREM des candidats s'estimant plus légitimes à défendre l'écologie politique a été raillée par un ancien membre de la famille. Artisan de la percée d'Europe Écologie aux européennes de 2009 (plus de 16% des suffrages), Daniel Cohn-Bendit a adressé un message abrupt à Yannick Jadot:

"Le groupe des Verts au Parlement européen, il va faire quoi? Une cinquantaine d’élus dont la moitié d’Allemands qui pour certains d’entre eux sont alliés aux libéraux ou à la droite… Ce n’est pas avec ça qu’ils peuvent avancer seuls", a-t-il déclaré au Figaro

"Question stratégique"

Un éloge du pragmatisme auquel souscrit Matthieu Orphelin, ex-député LaREM et fervent écologiste. "Je ne boude pas mon plaisir. Renaissance, les communistes, Génération.s, le PS, EELV, la liste de Delphine Batho... Tous revendiquent le fait de mettre l'écologie au cœur de leur programme", se réjouit-il auprès de BFMTV.com. Et de reconnaître la "question stratégique" évidente derrière le positionnement de la liste macroniste, qui peut avoir un impact "notamment chez les jeunes". 

"Le grand plan d'investissement, on le voit un peu partout. Ça veut dire qu'il peut y avoir des coalitions de projets. Il y a tout pour que des eurodéputés de différents groupes puissent travailler ensemble là-dessus une fois élus. On n'a pas cette culture en France, mais c'est celle qui prédomine au Parlement européen", poursuit Matthieu Orphelin. 

Initialement perçu comme la "caution verte" de la liste Renaissance, l'écologiste Pascal Canfin a réitéré sur RTL, ce jeudi, sa confiance en la sensibilité environnementale d'Emmanuel Macron.

Il est le "premier chef d'État à dire, 'le climat, c'est plus important que le commerce'", a déclaré le numéro deux de la liste. 

"Pourquoi pas 100.000 milliards?"

Ce jeudi depuis Sibiu, en Roumanie, le président de la République a de nouveau affiché son ambition écologique lors d'une courte allocution à la presse. Il s'est félicité que la France ait signé, avec sept autres États membres de l'Union européenne, une déclaration commune plaidant pour qu’au moins 25% des dépenses de l’UE soient utilisées pour des "projets visant à lutter contre le changement climatique".

Interrogé par BFMTV.com, le porte-parole d'EELV, Julien Bayou, crie toujours au pipeau:

"Il y a 15 ans, à l'époque de la 'maison qui brûle' et du Grenelle de l'environnement, je vous aurais dit qu'on va dans le bon sens. Là, Macron est au pouvoir depuis 2 ans, c'est trop tard. Et quand on s'intéresse à l'Europe, on n'attend pas le 9 mai pour présenter son programme." 

L'élu du conseil régional d'Île-de-France voit dans les propositions de la liste Renaissance "avant tout du politicien et un signe de fébrilité de ses candidats".

"On est toujours à verdir les discours sans qu'il y ait du concret. Ils nous parlent de 1000 milliards d'investissements; pourquoi pas 100.000 milliards, tant qu'on y est?", raille-t-il.

Pour autant Julien Bayou n'est pas convaincu que cette stratégie soit payante pour LaREM: 

"On peut toujours se faire avoir. Mais ce n'est pas parce que c'est écrit sur un bout de papier que ça va se faire. Aux législatives de 2017, les écolos qui ont voté LaREM votaient pour Nicolas Hulot. Il n'est plus là. Est-ce que Macron va réussir à tromper deux fois les écologistes? Je ne le pense pas."
Jules Pecnard