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EDITO - PS anti-Merkel

Jean-François Achilli, directeur de la rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Jean-François Achilli, directeur de la rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV - -

La charge du PS contre Angela Merkel provoque une double tension : entre Paris et Berlin, mais aussi… entre François Hollande et le Parti Socialiste.

"C’est une initiative malheureuse. Le président n’a pas à s’excuser de quelque chose dont il n’est pas responsable et qui ne reflète pas le fond de sa pensée". L’Elysée dimanche soir s’est clairement démarqué du texte musclé contre l’austérité en Europe, rédigé la semaine dernière par le PS, qui a appelé à "un affrontement démocratique" avec l’Allemagne, et a dénoncé "l’intransigeance égoïste d’Angela Merkel". François Hollande, selon un proche, en a appris l’existence lors de son voyage en Chine. Ce qui aurait provoqué chez lui une colère froide, envers ces troupes socialistes qu’il ne tient visiblement plus.

Il n'a pas souhaité réagir ce week-end?

Non: une déclaration eut été pour lui une manière d’officialiser une crise entre Paris et Berlin, d’où le choix du silence, explique l’un de ses conseillers. Son Premier ministre s’est chargé de faire passer un message d’apaisement, notamment via Tweeter, en français, et dans la langue de Goethe. Manuel Valls et Michel Sapin sont montés au créneau, mais trop tard: le mal est fait.

Le texte du PS n'était pas censé être publié...

Les responsables du parti s’interrogeaient encore hier soir : qui a donc fait fuiter ce qui n’était qu’un brouillon, discuté il y a une semaine autour de Jean-Marc Ayrault, et qui s’est retrouvé dans les colonnes du Monde? L’idée initiale, selon Jean-Christophe Cambadélis, était de lancer une offensive des sociaux démocrates européens contre les conservateurs du PPE, en vue de l’élection l’an prochain du futur président de la commission européenne.

Mais ce texte, dont la version a été adoucie vendredi soir, est à usage interne : le PS qui se déchire sur l’Europe, sur l’austérité, veut donner des gages à son aile gauche et contenir un Jean-Luc Mélenchon toujours plus menaçant. D’où cette diatribe anti-Merkel, devenu une sorte de bouc émissaire. Claude Bartolone, qui a appelé François Hollande à une "confrontation" avec la chancelière, a maintenu ses propos hier sur son blog. Nous sommes heureusement encore loin de la ligne Siegfried…

Au final, le remède est pire que le mal...

François Hollande va devoir s’expliquer d’une manière ou d’une autre avec la Chancelière. Il apparaît comme n’ayant plus de prise sur un Parti Socialiste censé le soutenir et qui lui offre ce cadeau empoisonné pour souffler sa première bougie du quinquennat. "Il faut que ça cesse, le président va devoir taper fort", confie l’un de ses soutiens: "il l’a déjà fait en opération extérieure, il n’y a pas de raison qu’il ne le fasse pas sur le théâtre intérieur".

Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce lundi 29 avril.

||| Jean-François Achilli

Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

>> Suivez-le sur Twitter @jfachilli

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