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ÉDITO - Liste gilets jaunes aux européennes: "récompense" pour Macron, "danger" pour l'opposition

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Des gilets jaunes ont annoncé mercredi soir la composition d'une liste pour les européennes. Nos éditorialistes ont examiné les conséquences possibles de cette initiative pour l'exécutif et ses premiers opposants.

Une liste de gilets jaunes devrait bousculer le jeu des européennes en mai prochain. Les gilets jaunes du Ralliement d'initiative citoyenne ont en effet annoncé qu'ils mèneraient campagne en vue de ce scrutin. Et, selon notre sondage "L'opinion en direct" publié mercredi, réalisé avant la circulation de cette nouvelle, une participation de gilets jaunes pourrait bien s'attirer les faveurs de 13% des suffrages, s'installant à la troisième place nationale. Nos éditorialistes politiques ont tiré quelques enseignements de la situation. 

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> "Macron a repris la main en quatre temps" 

"C’est la récompense, pour Emmanuel Macron, de sa contre-offensive. 10 décembre, des concessions faites aux gilets jaunes. 31 décembre, des vœux assez fermes sur l’ordre républicain et l’ordre économique: on ne peut pas dépenser l’argent qu’on n’a pas gagné. Ensuite, la lettre aux Français et le grand débat. En quatre temps, il a repris la main et il est récompensé notamment par la reconquête de ses propres troupes, cet électorat qui avait été troublé, perturbé, découragé, revient derrière son champion, il a reconstitué un peu l’esprit des Marcheurs de 2017.

Cette liste, qui dans les sondages obtient un bon score de sympathie, fait son succès sur le dos de la France insoumise et du Rassemblement national. Ça veut dire que 1) les gilets jaunes sont bien la convergence des extrêmes, sur le terrain pour l’instant et peut-être demain dans les urnes avec une liste qui devra se nourrir de la gauche radicale et de la droite radicale 2) ça facilité le travail d’Emmanuel Macron qui voit une gauche classique complètement émiettée et des votes populistes rognés par les gilets jaunes. Si une liste gilets jaunes est capable de mener la campagne dans la durée il aura divisé et quand on divise on règne".

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> "Certains partis préféreraient que la colère reste dans la rue" 

"Oui, c’est un danger pour les formations politiques classiques. Oui, pour deux raisons, la première, le sondage publié hier: 13% pour une liste gilets jaunes, mais pas forcément celle qui a déposé ses statuts hier soir, on verra, et il y a une deuxième raison, il suffit de regarder les réactions des partis d’opposition à la création de cette liste. Dès hier, Marine Le Pen a immédiatement pointé du doigt le passé politique du directeur de campagne, coupable à ses yeux d’avoir fait un petit détour par le Mouvement des jeunes socialistes il y a huit ans, Nicolas Dupont-Aignan, gêné aux entournures et qui dit : ‘Attendons d’avoir le problème’, et Alexis Corbière de la France insoumise qui dit : ça va faire pschitt’.

Pourquoi? Parce que quand on regarde ce sondage, cette liste fait office d’aspirateur à voix. Elle prend trois points au Rassemblement national, un et demi à la France insoumise, un à Nicolas Dupont-Aignan, ça veut dire que ces partis-là n’ont pas intérêt à voir cette liste gilets jaunes aller jusqu’au bout. Et l’autre raison, c’est que ça risque de mobiliser les abstentionnistes. Or, ces listes qui sont aux extrêmes de l’échiquier joue sur le fait que cette élection européenne va très peu mobiliser, c’est pour ça notamment que Marine Le Pen s’était retrouvée en tête la première fois. Puis, une liste gilets jaunes, ça structure le mouvement. Or, un certain nombre de partis préféreraient que cette colère ne se transforme pas en projet politique mais reste dans la rue, c’est leur intérêt."

Christophe Barbier et Laurent Neumann