BFMTV

EDITO - "Le mariage, oui, la PMA, non merci"

Jean-François Achilli

Jean-François Achilli - -

La PMA, revendiquée par les manifestants pro mariage pour tous, a du plomb dans l’aile. La procréation médicalement assistée, prévue en mars dans le cadre du projet de loi sur la famille, devrait être à nouveau repoussée. L'édito politique du directeur de la rédaction de RMC, éditorialiste sur BFMTV et RMC.

"Nous n’allons pas faire la PMA, le parti est trop divisé sur la question, la société française n’est pas prête." La confidence émane d’un parlementaire proche de Jean-Marc Ayrault, qui ne souhaite pas être cité. Mieux encore : selon un responsable du PS, le président François Hollande lui-même n’y tient pas, son Premier ministre non plus, ni même Manuel Valls, le ministre de l’intérieur. Christiane Taubira, la garde des sceaux, quant à elle, serait également très réservée.

Le chef de l’Etat estime que le Parlement doit aller au bout de la discussion sur le mariage pour tous, et voter la loi, issue de sa proposition numéro 31, cela ira beaucoup mieux une fois que ce sera fait. Pour la procréation médicalement assistée, déjà reportée dans le texte sur la famille, qui sera présenté le 27 mars en conseil des ministres, il est urgent de ne rien faire ! En résumé, ce serait: "le mariage, oui, la PMA, non merci ."

Pourquoi repousser cette PMA revendiquée par ceux qui défilaient dimanche ?

Tout simplement parce que le sujet divise les Français, qui y sont opposés ou le jugent trop éloigné de leurs préoccupations. Mieux encore : une ligne de fracture traverse le PS sur la question.

Jean-Christophe Cambadélis juge ce texte inopportun parce que, selon le député de Paris, ouvrir la PMA aux homosexuels, c’est la porte ouverte à la gestation pour autrui et la marchandisation du corps humain.

François Hollande va demander l'avis du Comité consultatif national d'éthique

C’est ce que le président a annoncé aux représentants de l'Union nationale des familles de France qu'il recevait vendredi. Mais à ce jour, le CCNE, le Comité national d'éthique n'a encore rien reçu officiellement.

Son tout nouveau président, Jean-Claude Ameisen, m’a confirmé dimanche soir que le Comité, de toute façon, s'était autosaisi, jeudi dernier, des questions d'assistance médicale à la procréation, en estimant qu'elles méritaient des Etats Généraux, parce que jusque-là, la PMA était destinée à résoudre des problèmes de stérilité, et non des choix de vie. Ces débats sociétaux, avertit Jean-Claude Ameisen, vont durer plusieurs mois.

Une occasion idéale pour François Hollande de repousser la PMA

Le chef de l’Etat, fort du succès du mariage pour tous, quand il sera voté, voudra se donner du temps pour un sujet qu’il juge mineur, inutilement clivant, et trop éloigné des priorités du moment : le chômage, la dette, les retraites, la guerre.

L’avis du Comité consultatif national d’éthique représente pour François Hollande une formidable opportunité de remettre cette PMA à plus tard, en la découplant de la future loi sur la famille. L’année 2013 est déjà suffisamment chargée, pourquoi en rajouter ?

|||

Jean-François Achilli, Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV.

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, intègre le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

>> Suivez-le sur Twitter @jfachilli