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Déchéance de nationalité: "Beaucoup de bruit pour rien", selon Marc Trévidic

L'ancien juge d'investigation Marc Trévidic le 2 juillet 2015 à Paris

L'ancien juge d'investigation Marc Trévidic le 2 juillet 2015 à Paris - MARTIN BUREAU, AFP/Archives

L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic a jugé que déchoir de leur nationalité française les binationaux condamnés pour terrorisme serait inopérant car "on n'exporte pas un terroriste", dans une interview à La Voix du Nord publiée jeudi.

"On n'exporte pas un terroriste! Que se passera-t-il si l'Algérie, les Etats-Unis nous adressent des déchus? Allons-nous les accepter? (...) En réalité, c'est faire beaucoup de bruit pour rien et risquer, vraiment, de fabriquer des apatrides", a affirmé Marc Trévidic au quotidien régional.

"Cette réforme créera davantage de problèmes"

Pour lui, une telle mesure, "très certainement inapplicable, ne peut pas avoir de caractère dissuasif". "Sa mise en oeuvre consommerait énormément d'énergie. Cette réforme créera davantage de problèmes qu'elle n'en réglerait", a poursuivi l'ancien juge antiterroriste, considéré comme l'un des meilleurs spécialistes des filières islamistes.

Selon Marc Trévidic, ce projet pose des "questions pratiques": "Comment expulser un individu qui a toujours vécu en France? Une autre nation a-t-elle à gérer quelqu'un né chez nous?".

"Quelle sera la réaction de la France si l'autre nation à laquelle un suspect est rattaché refuse de le recevoir ? (...) Notre pays ne doit pas se considérer seul dans une bulle", a ajouté Marc Trévidic, désormais vice-président au tribunal de grande instance de Lille où il est en charge de la coordination du pôle pénal.

"Le pays est encore sous le coup de l'émotion due aux attentats de novembre. En même temps, la définition du terrorisme est très floue. (...) Je suis très surpris de voir la rapidité avec laquelle on range nos principes au placard. Que se passera-t-il, demain, si un régime autoritaire qualifie très largement des opposants de 'terroristes' ?", a-t-il encore affirmé.

la rédaction avec AFP