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Critiques contre le gouvernement: les frondeurs remercient Aubry

Christian Paul, Laurent Baumel et Jérôme Guedj, trois "frondeurs", en août 2014.

Christian Paul, Laurent Baumel et Jérôme Guedj, trois "frondeurs", en août 2014. - Xavier Leoty - AFP

Les réactions aux propos critiques tenus par la maire de Lille, dans le JDD, sur la politique économique menée par le gouvernement ont déclenché de nombreuses réactions, aussi bien chez les frondeurs, qu'au sein de l'entourage de l'exécutif, et de l'opposition.

L'effet d'une bombe. Ce dimanche, dans un entretien au Journal du dimanche, la maire de Lille Martine Aubry n'a pas mâché ses mots pour critiquer le gouvernement et juger la politique menée par la gauche depuis son arrivée au pouvoir, en 2012. Attaquant directement la politique économique de François Hollande et de Manuel Valls, Martine Aubry s'est clairement posée en chef de file des députés PS frondeurs. Une sortie en forme de soutien qui a ravi ces derniers, mais crispe sérieusement le gouvernement et son entourage. Florilège de réactions.

"Merci à Martine Aubry"

Interrogé par BFMTV, le député PS frondeur Laurent Baumel s'est satisfait de cette sortie. "Ce qu'Arnaud Montebourg a pu dire lorsqu'il a quitté le gouvernement et ce que dit maintenant Martine Aubry, qui est une voix très importante dans le débat à gauche, va contribuer à obliger le gouvernement et la majorité à réfléchir davantage à la pertinence des orientations que nous développons aujourd'hui", a estimé l'élu d'Indre-et-Loire.

"Je pense que le gouvernement ne peut pas se rétrécir, ne peut pas fermer les yeux et les oreilles en disant 'ce n'est pas grave, on continue'. Cela veut dire que quelque chose ne va pas et cela mérite qu'on s'arrête et qu'on y réfléchisse", a-t-il poursuivi. "Merci à Martine Aubry de sortir de son silence pour dire quelques vérités essentielles", avait-il réagi, sur Twitter, un peu plus tôt. 

Le député PS de la neuvième circonscription des Français établis hors de France, Pouria Amirshahi, s'est également félicité de la prise de position de la maire de Lille. "Heureux que Martine Aubry le dise à son tour avec force: cette politique ne marche pas, il faut la changer pour le progrès et la solidarité".

Le gouvernement et son entourage montrent leur désaccord

Si les frondeurs n'ont pas caché leur satisfaction, les proches du gouvernement n'ont, eux, pas caché leur agacement. Le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, a ainsi jugé, sur Radio J, que les critiques de Martine Aubry relevaient de "vieux débats" qui avaient été "tranchés" et "rejetés". "Le débat politique ne peut toujours consister à vouloir revenir en arrière", a-t-il lancé.

De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a réagi indirectement aux propos de Martine Aubry, lors d'un discours devant le Forum républicain du Parti radical de gauche. "Je sais qu'au sein de la gauche, le questionnement est permanent, le débat fait partie de notre ADN nous sommes capables de le pousser dans des extrémités incroyables. (...) A gauche, nous avons toujours considéré la diversité comme une richesse. Nous la faisons vivre chaque jour, même chaque dimanche. Parfois un peu trop, mais il faut avoir les nerfs solides", a ainsi déclaré le chef du gouvernement, sans jamais citer Martine Aubry. Et de lancer: "Comptez sur moi pour avoir les nerfs solides".

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron s'est quant à lui dit "en désaccord" avec l'analyse et les critiques de l'ancienne ministre de l'Emploi. "J'ai beau respecter la personne, qui est une grande dirigeante, qui a été une grande ministre, je suis en désaccord avec l'analyse et donc avec les conclusions qu'elle en tire", a déclaré Emmanuel Macron dans l'émission le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, estimant que "ce n'est pas avec des solutions classiques" que la France pourra remédier à la crise actuelle. Le ministre de l'Economie a toutefois reconnu apprécier l'intervention de Martine Aubry. "C'est une bonne chose qu'elle prenne la parole aujourd'hui, car c'est un débat qui doit avoir lieu et qui est normal au sein du parti socialiste", a-t-il ainsi ajouté.

L'aspect légitime de l'intervention de Martine Aubry a également été souligné par la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, rappelant, sur BFMTV, qu'il est de "tradition qu'on s'exprime librement dans le cadre d'un futur congrès". 

"J'ai vu que Martine Aubry se démarquait. Ce n'est pas notre vision quant à la ligne politique qui doit être suivie", a jugé pour sa part Jean-Michel Baylet, le patron des radicaux de gauche, au micro de BFMTV. "Malgré nos différences, malgré les quelques divergences que nous avons eu, nous n'avons jamais remis en question la ligne politique suivie par Manuel Valls quant au redressement de la France, il n'y a pas d'autre solution. Nous n'avons des désaccords sur les institutions, sur la famille, sur la fiscalité, mais le travail qui est fait est bien fait". Et d'ajouter: "Nous soutenons Manuel Valls et nous ne sommes pas d'accord avec la visions de Martine Aubry". 

L'opposition critique envers Aubry

Les propos de Martine Aubry ont également fait réagir au sein de l'opposition. Le président du Modem François Bayrou a ainsi estimé qu'il y a une "guerre entre deux fractions irréconciliables" au PS, qui débouchera sur "une rupture qui ne sera pas rattrapable". Se disant d'accord sur le "diagnostic" de Martine Aubry sur l'absence de cap de François Hollande depuis deux ans, le président du Modem a toutefois contesté les solutions proposées par la maire de Lille. 

Le président du Sénat, l'UMP Gérard Larcher, a pour sa part estimé que propos de Martine Aubry "sentent un peu la naphtaline". "Je sens un peu la naphtaline dans ses propos, avec le retour de ce qui ne marche pas. Elle a des rengaines du passé, elle est pétrifiée. Le mot 'statue' est bien adapté à Martine Aubry", a déclaré Gérard Larcher, invité du Grand Rendez-vous Europe 1/Le Monde/I-télé. 

A.S.