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Crise: Sarkozy a-t-il «abdiqué» face à Berlin ?

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Au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy sur la crise européenne, le PS affirme qu'il a «abdiqué» devant l'Allemagne. Jean-Marie Le Guen et Arnaud Montebourg vont jusqu'à le comparer à Daladier signant avec Hitler en 1938. Ont-ils raison ou vont-ils trop loin ?

Nicolas Sarkozy a "abdiqué" devant l'Allemagne, ont estimé vendredi les responsables socialistes au lendemain du discours sur l'Europe et l'économie du chef de l'Etat, qu'ils accusent d'affaiblir la France sur la scène européenne et mondiale.

Les propos étaient plus mesurés que ceux des députés Jean-Marie Le Guen et Arnaud Montebourg - qui ont comparé pour l'un Nicolas Sarkozy à Edouard Daladier signant avec Adolf Hitler en 1938 les accords de Munich, pour l'autre Angela Merkel au chancelier Otto von Bismarck - mais la critique demeure.

"Il y a un vrai problème dont il faut prendre conscience : traditionnellement, il y a un couple franco-allemand, qui est fondamental. Aujourd'hui, ce couple a fait place à un déséquilibre franco-allemand parce que la France, avec M. Sarkozy, s'est tragiquement affaiblie", a affirmé Laurent Fabius.

"Si on veut que le couple franco-allemand soit ressoudé, ce qui est absolument indispensable, il faut que la France se renforce et non pas s'affaiblisse", a ajouté l'ancien Premier ministre socialiste.

Jeudi soir, à Toulon, Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il ne transigerait pas sur l'union franco-allemande et a donné des gages de rigueur budgétaire à Berlin tout en se montrant mesuré sur la délégation supranationale de pouvoirs pour contrôler a priori les budgets des Etats membres.

«TOULON II, SUPERCHERIE II»

Pour Manuel Valls, porte-parole de François Hollande, "c'est une forme de renoncement (...). Nicolas Sarkozy, au cours de ces quatre dernières années, a en permanence oscillé entre la brutalité (...) à l'égard des Allemands et le suivisme. Aujourd'hui, il n'est plus en capacité de résister à la chancelière Merkel", a-t-il déclaré.

Le chef de l'Etat, a-t-il poursuivi, "a affaibli la France au cours de ce quinquennat, il n'a pas réussi à imposer ni la voix ni les propositions françaises et encore moins une relation équilibrée (...). Hier, et c'était vrai il y a encore quelques semaines, Nicolas Sarkozy a abdiqué face à l'Allemagne sur deux sujets majeurs : le rôle de la Banque centrale européenne et l'émission d'eurobonds", a jugé Manuel Valls.

Sur le plan intérieur, "Toulon II, c'est supercherie II", a estimé Laurent Fabius. "Il y avait déjà eu un discours à Toulon il y a trois ans, avec des annonces fracassantes : le capitalisme financier allait être moralisé, les paradis fiscaux, c'était terminé, les rémunérations des dirigeants allaient être encadrées. Et rien ne s'est produit", a-t-il dit.

Le député Michel Sapin, chargé du projet présidentiel de François Hollande, a dénoncé "un discours d'amnésie" par lequel Nicolas Sarkozy s'exonérerait de ses responsabilités. "La situation d'aujourd'hui serait la faute à ce qui s'est passé il y a trente ans? Mais où était-il ces dix dernières années ?", a lancé Michel Sapin. "Le président de l'UMP d'aujourd'hui veut faire oublier le président de la République qu'il est et qui est responsable d'une bonne partie de la situation de la France", a-t-il ajouté.

Manuel Valls a pour sa part déclaré que l'annonce d'un sommet sur l'emploi en janvier avec les partenaires sociaux constituait "une provocation". "Depuis trois ans, il n'y a plus de dialogue social", a-t-il déclaré. "Qui peut croire un seul instant en pleine campagne électorale que ce candidat, Nicolas Sarkozy, peut être sincère dans cette relation avec les partenaires sociaux?".