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Claude Guéant accusé de courtiser l'électorat du FN

Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, se voit reprocher de vouloir rallier l'électorat du Front national par ses propos répétés sur l'islam ou la "croisade" que mènerait Nicolas Sarkozy en Libye. /Photo prise le 23 mars 2011/REUTERS/Benoît T

Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, se voit reprocher de vouloir rallier l'électorat du Front national par ses propos répétés sur l'islam ou la "croisade" que mènerait Nicolas Sarkozy en Libye. /Photo prise le 23 mars 2011/REUTERS/Benoît T - -

Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, se voit reprocher de vouloir rallier l'électorat du Front national par ses propos répétés sur l'islam ou la "croisade" que mènerait Nicolas Sarkozy en Libye.

A la veille du premier tour des élections cantonales de dimanche dernier, où le FN a réalisé une percée, l'homme de confiance du chef de l'Etat s'était déjà distingué en évoquant "les Français qui ont le sentiment de ne plus être chez eux".

Jeudi, Claude Guéant a tenu des propos qui ont été d'abord interprétés par l'opposition de gauche comme une prise de position contre le port de signes religieux par les usagers des services publics, notamment à l'hôpital.

Son cabinet a expliqué ensuite que le ministre ne voulait pas interdire à une femme voilée ou à un homme portant une kippa de pénétrer dans un lieu public.

Mais qu'en revanche, "l'organisation du service public s'impose à l'usager, qui ne peut pas, par exemple, récuser un médecin ou quelqu'un d'autre pour un motif religieux."

L'opposition de gauche y a néanmoins vu le signe d'une "obsession chronique" du ministre sur cette question, selon l'expression de Razzy Hammadi, secrétaire national Parti socialiste aux services publics.

"En devenant ministre de l'Intérieur, Claude Guéant est devenu l'acteur d'un mauvais film: 'le ministre qui murmurait à l'oreille du FN'", a déploré Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.

"Durant combien de temps encore l'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy va-t-il multiplier les petites phrases, qui visent à dresser les Français les uns contre les autres ?", demande-t-il dans un communiqué.

"DÉRAPAGES DANGEREUX"

Le ministre de l'Intérieur avait déjà annoncé qu'il voulait "clarifier" certains problèmes comme "le port du voile par des collaborateurs du service public" à l'occasion du débat controversé sur la laïcité prévu par l'UMP le 5 avril.

Il a indiqué qu'il n'était pas nécessaire de faire voter une loi pour imposer ces règles et que des décrets et, parfois, de simples instructions suffiraient.

Les signes religieux "ostensibles" tels que le voile ou la croix chrétienne sont interdits depuis 2005 à l'école publique.

La burqa ou voile intégral est interdite dans tout l'espace public depuis quelques semaines, mais le port du voile musulman relève pour l'instant de la liberté religieuse.

Jugeant que Claude Guéant "ne contrôlait pas très bien ce qu'il disait", le président du MoDem, François Bayrou, a dénoncé une série de "dérapages dangereux".

"On ne va pas continuer à traiter du destin de la société française en cultivant une obsession anti-musulmane", a-t-il dit sur RTL.

Pour Europe Ecologie-Les Verts, le gouvernement persiste "à dresser les citoyens les uns contre les autres pour dissimuler son incapacité à résoudre la crise économique, sociale et environnementale".

Marine Le Pen a appelé Claude Guéant à agir au lieu de "tenir des propos électoralistes", soulignant que le Front national dénonçait "depuis des années les atteintes à la laïcité dans les hôpitaux et à l'école."

"Si c'est de la stratégie politique, je lui propose de changer de job, stratège c'est pas son truc. Il était où monsieur Guéant ces dernières années ? Dans une cave ? Il n'a pas vu la laïcité reculer ces dernières années ?", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse dans le Pas-de-Calais.