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Cinq prévenus au procès de la fuite d'Yvan Colonna

Cinq personnes sont jugées à partir de mercredi à Paris pour avoir aidé dans sa fuite le nationaliste corse Yvan Colonna entre 1999 et 2003. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Cinq personnes sont jugées à partir de mercredi à Paris pour avoir aidé dans sa fuite le nationaliste corse Yvan Colonna entre 1999 et 2003. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau - -

par Thierry Lévêque PARIS - Cinq personnes sont jugées à partir de ce mercredi à Paris pour avoir aidé dans sa fuite le nationaliste corse Yvan...

PARIS (Reuters) - Les cinq personnes poursuivies pour avoir aidé dans sa fuite entre 1999 et 2003 le nationaliste corse Yvan Colonna ont nié tout délit à l'ouverture de leur procès mercredi au tribunal correctionnel de Paris.

Certains d'entre eux reconnaissent avoir hébergé le berger de Cargèse, condamné depuis à perpétuité pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, mais ils disent ne pas comprendre en quoi cela peut constituer une infraction.

Les autres contestent toute implication. Le procès se poursuit jusqu'à vendredi et le jugement sera mis ensuite en délibéré, les prévenus encourant jusqu'à dix ans de prison pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et recel de malfaiteur".

Le tribunal n'a interrogé ce mercredi que Frédéric Paoli, 49 ans, propriétaire de la bergerie où Yvan Colonna a été arrêté en juillet 2003 près de Propriano, dans le sud de l'île.

Ce prévenu a expliqué qu'il n'était pas nationaliste et n'avait donc pas accompli un acte politique mais seulement répondu favorablement à une sollicitation. Il pensait et pense toujours Yvan Colonna innocent de l'assassinat du préfet.

Il a raconté avoir une fois conduit le berger de Cargèse à la plage, et apparemment pas pour une rencontre militante. "Il avait sa serviette et son maillot", a-t-il précisé.

Le tribunal a aussi interrogé Yvan Colonna, extrait de sa prison car lui-même poursuivi pour la grenade et les munitions qu'il détenait lors de son arrestation.

Le condamné a seulement déclaré au tribunal qu'il n'avait pas existé de réseau pour l'aider mais seulement des personnes qu'il avait sollicitées les unes après les autres, et à qui, selon lui, on ne pouvait rien reprocher.

UNE CHANTEUSE

Le dossier reste sensible en Corse, où la violence politique n'a jamais cessé et où les listes nationalistes et régionalistes ont obtenu plus de 35% des voix aux élections régionales de mars dernier, dont 25% pour celle conduite par Gilles Simeoni, un des avocats d'Yvan Colonna.

Les nationalistes protestent vigoureusement contre le procès de la fuite du berger, qui revient selon eux à mettre en cause une supposée "tradition d'hospitalité" de l'île.

La fuite d'Yvan Colonna était devenue une affaire d'Etat et a entraîné des recherches jusqu'au Venezuela.

Le tribunal doit interroger d'ici vendredi Marc Simeoni, 36 ans, fils d'Edmond Simeoni - figure du mouvement nationaliste - et frère de l'avocat et élu Gilles Simeoni.

Marc Simeoni se voit reprocher d'avoir permis à Yvan Colonna d'occuper son logement bastiais et de lui avoir acheté des livres et un appareil de musculation sur internet. Il a dit aux journalistes qu'il niait ces accusations.

Une chanteuse de variétés en langue corse, Patricia Gattaceca, est également parmi les prévenus. Elle a reconnu avoir hébergé deux fois Yvan Colonna à sa demande en 2002 et 2003 mais a dit aux journalistes qu'elle était "sereine" car il s'agissait selon elle d'une pure démarche d'hospitalité.

Les autres prévenus sont André Colonna d'Istria, 51 ans - propriétaire d'un camping sans lien de parenté avec le berger de Cargèse - et Claude Serreri, 52 ans, beau-frère de l'assassin du préfet.

Yvan Colonna a toujours déclaré qu'il était étranger à l'assassinat du préfet. La Cour de cassation doit examiner un dernier recours contre sa condamnation en appel à la perpétuité assortie de 18 ans de sûreté.

Thierry Lévêque, édité par Sophie Louet