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Chômage: le retour d'un boulet pour le gouvernement?

Muriel Pénicaud et Emmanuel Macron

Muriel Pénicaud et Emmanuel Macron - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL / AFP

Si l'espacement des annonces sur le chômage permet au gouvernement de ne pas subir les conséquences de mauvaises statistiques, l'absence de résultat et l'attitude du président de la République à l'endroit des sans emploi remettent cette question épineuse sur le devant de la scène.

Il s'agissait déjà d'une chaîne au pied du gouvernement lors du quinquennat de François Hollande. Le président de la République, liant la réussite de son mandat à "l'inversion de la courbe du chômage", avait condamné ses ministres du Travail successifs - Michel Sapin, François Rebsamen et Myriam El Khomri - au supplice de Sisyphe: venir chaque mois présenter devant la presse les statistiques d'un marché de l'emploi toujours aussi fragile. Un temps éclipsée par la cadence des réformes et les promesses de changement du "nouveau monde" macroniste, l'hydre du chômage de masse revient tourmenter le gouvernement. 

Aux premières loges pour constater l'échec de son mentor dans la "bataille pour l'emploi" (au moins jusqu'à la fin de son quinquennat), le candidat Emmanuel Macron s'était pourtant bien gardé de s'engager aussi loin que François Hollande dans cet épineux pari. Un objectif fut tout de même fixé: arriver à un taux de 7% d'ici à la fin du quinquennat.

Changement d'indicateurs

Élu, le chef des marcheurs a donc décidé d'espacer les annonces, en ne consultant le thermomètre de l'emploi qu'une fois par trimestre. À en croire la ministre du Travail Muriel Pénicaud, l'indicateur mensuel était perturbé par "différents événements de nature administrative".

Ces indicateurs "brouillaient plus qu’ils n’éclairaient les tendances de fond sur le niveau de chômage", justifiait l'ancienne DRH du groupe Danone. 

La périodicité des annonces a beau changer, après 18 mois à la tête du pays, et malgré une réforme du code du Travail censé "libérer" les entrepreneurs, la copie de l'exécutif sur le chômage n'est pas à la hauteur de ses ambitions malgré un solde positif depuis mai 2017.

Pompier

Le nombre d'inscrits à Pôle emploi a de nouveau légèrement augmenté au 3e trimestre (+0,4%), a-t-on appris ce jeudi. Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement au moment où il presse les partenaires sociaux de négocier une nouvelle réforme de l'assurance-chômage. C'est le deuxième trimestre consécutif de hausse après 0,2% au précédent.

Si bien que le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, est contraint de jouer les pompiers sur notre antenne, réclamant du temps pour mesurer l'efficacité des mesures gouvernementales.

"La ministre du Travail a toujours dit qu’elle regarderait sur la durée, qu’on ne voulait pas commenter à chaque fois. Il y a des mesures qui viennent d’être votées. La loi pacte, la loi sur la formation professionnelle. C’est un travail un peu long, on n’a jamais pensé que ce serait réglé en 18 mois", avance-t-il.

De l'échec au mépris

Pourtant, ce bilan n'est pas le seul problème de l'exécutif sur la question du chômage. Le bas blesse surtout au plan politique, sur lequel Emmanuel Macron donne l'image d'un président aux rapports délicats avec les sans emploi. Lors d'un déplacement en Guadeloupe en septembre, le chef de l'Etat avait, déjà, tenu un discours renvoyant les chômeurs à leurs "responsabilités". 

"Je suis toujours aux côtés de ceux pour qui c'est pas facile, sinon je serais pas là et je me battrais pas chaque jour. Mais je ne veux pas, parce que ce n'est pas facile, que certains tombent dans la facilité. Et disent simplement 'c'est l'Etat qui va me trouver un job ou un avenir'. J'attends de chaque jeune ou moins jeune qu'il prenne ses responsabilités", expliquait le chef de l'Etat.

Une sortie sans commune mesure avec la leçon adressée à un horticulteur sans emploi, qu'Emmanuel Macron exhortait à "traverser la rue" pour trouver un emploi. De sorte que du symbole d'un échec pour François Hollande, le chômage pourrait devenir, pour Emmanuel Macron, le symbole du mépris et de la déconnexion du "président des riches" à l'encontre des chômeurs.

Louis Nadau