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Austérité : opération séduction après la bourde du PS contre Merkel

La Chancelière allemande, Agela Merkel

La Chancelière allemande, Agela Merkel - -

Après la violente charge vendredi des dirigeants socialistes contre l'Allemagne et « l'intransigeance égoïste » de sa « chancelière de l'austérité » Angela Merkel, le gouvernement monte au créneau pour rassurer Berlin.

Vendredi, le Parti socialiste s’en est pris violemment à Angela Merkel, la chancelière allemande qui se présente en partisane de la rigueur et de l’austérité. Les dirigeants socialistes l’ont qualifié de « chancelière de l’austérité » dénonçant également « l’intransigeance égoïste » de l’Allemagne. Afin de calmer les esprits et de rassurer l’Allemagne, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, germanophile averti, a souligné samedi dans un tweet, qu'il a pris soin de publier en français et en allemand, que « l'amitié franco-allemande est indispensable pour redonner un nouvel élan au projet européen et trouver les voies du retour de la croissance ». De son côté le gouvernement allemand vient, ce lundi matin, d'affirmer sa confiance dans le couple que forme le pays avec l'hexagone : « Ce qui compte pour nous, ce ne sont pas les partis mais le travail avec les gouvernements, comme la coopération directe avec le président français, le Premier ministre Ayrault et les ministres », a dit Steffen Seibert, porte parole d'Angela Merkel, lors d'une conférence de presse.

Les ministres en appui à Jean-Marc Ayrault

Plusieurs ministres ont également tenté d'éteindre l'incendie dimanche. Manuel Valls a qualifié d'« irresponsables » ces propos de dirigeants du PS. « Ces propos risquent de mettre en très grande difficulté la relation historique entre nos deux pays, essentielle pour l'avenir de l'Union » européenne, a dit le ministre de l'Intérieur. Michel Sapin, lui, récuse aussi le terme de « confrontation ». Pour le ministre du Travail, il peut y avoir des « débats fermes » avec l'Allemagne « mais le débat pour réorienter une politique, ce n'est pas la confrontation avec un pays et encore moins avec une personnalité ».
Claude Bartolone, qui plaidait jeudi pour une « tension », voire une « confrontation » entre la France et l'Allemagne en a remis une couche dimanche : dans un message publié sur son blog, le président de l'Assemblée nationale a regretté le manque de « sang-froid » de certains ministres qu'il a invités à « se concentrer un peu plus sur leurs dossiers ». Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche, a estimé pour sa part que les socialistes « ont compris qu'il n'y a pas d'Europe constructible et viable qui ne passe par un rapport de force et un changement complet de cap ».

« Le déficit français n’est pas dû à l’Allemagne »

« Ce n’est pas l’Allemagne qui est à l’origine de nos malheurs mais nous-mêmes, prévient Philippe Moreau Defarges chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et spécialiste des questions européennes. Ça ne sert à rien d’accuser les autres. Le déficit français n’est pas dû à l’Allemagne. La France, là où elle avait des positions fortes, les a perdues. Depuis 15-20 ans il y a un écroulement de la compétitivité française. Ce n’est pas l’Allemagne qui est en cause, mais notre organisation ».

« Les traités européens vont dans le sens du patronat allemand »

De son côté, le secrétaire national à l'économie pour le Parti de Gauche, Guillaume Etievant, n’est pas du tout du même avis. Selon lui, ce sont bien les positions prises par l’Allemagne dans les négociations européennes qui provoquent rigueur, austérité et pourraient mener à la récession. « L’Allemagne a une part de responsabilité, explique-t-il, puisque le poids de l’Allemagne dans les négociations européennes fait qu’aujourd’hui nous avons des traités européens qui vont dans le sens du patronat allemand et pas dans le sens de la proposition française. Et le refus de l’Allemagne d’évoluer en mettant en place une relance par la demande dans l’Union européenne entraine l’ensemble de l’Europe, y compris les Français, dans l’austérité généralisée et vers la récession ».

Tugdual de Dieuleveult avec P. Rigo