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Arabie Saoudite: quand Dati et Alliot-Marie refusent de condamner l'arrestation de féministes

Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie le 5 mai 2009 à l'Assemblée.

Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie le 5 mai 2009 à l'Assemblée. - BORIS HORVAT / AFP

Les deux eurodéputées françaises ont voté contre une résolution de l'ONU qui condamne la situation des femmes en Arabie Saoudite et l'arrestation de plusieurs militantes et militants féministes.

Le Parlement européen a adopté le 31 mai dernier une résolution condamnant les violences sexistes en Arabie Saoudite et plus généralement le sort réservé aux femmes dans ce royaume, où elles viennent seulement d'être autorisées à conduire. Le texte évoque notamment l'arrestation de onze militants féministes et "invite le gouvernement d'Arabie Saoudite à libérer immédiatement et sans condition tous les défenseurs des droits humains et les autres prisonniers d’opinion détenus et condamnés pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression et leur action pacifique en faveur des droits humains".

La résolution, qui demande aussi notamment un moratoire sur la peine de mort dans le pays, a été approuvée par 525 voix pour, 71 abstentions et 29 voix contre. Et parmi ces dernières, on trouve les voix de deux eurodéputées françaises et anciennes ministres: Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie. Leur vote a été relevé lundi par le chercheur Romain Caillet, spécialiste des questions islamistes et ancien consultant pour BFMTV, et ses tweets à ce sujet ont été repérés par nos confrères de LCI.

Dati demandait plus de "fermeté" en 2015

Les deux anciennes ministres sont inscrites dans le groupe PPE au Parlement européen, qui compte aussi Nadine Morano et Jérôme Lavrilleux. Ceux-ci avaient aussi voté contre dans un premier temps, avant de corriger leur vote et d'opter pour le oui.

Les votants du non
Les votants du non © Capture d'écran

Les explications de MAM

Comme le relève le chercheur, Rachida Dati avait pourtant estimé en 2015 que la France n'était pas "assez ferme" avec l'Arabie Saoudite. Elle commentait alors la condamnation à mort par décapitation et crucifixion d'un jeune chiite de 21 ans, qui avait participé à une manifestation contre le pouvoir en place à Riyad alors qu'il était encore mineur. La ratification de l'exécution par le roi Salmane est toujours en attente, et la sanction n'a pas encore été appliquée. Contactée par nos confrères, l'ancienne garde des Sceaux n'a pas donné suite.

Michèle Alliot-Marie explique en revanche ne pas avoir voté car elle considère comme déséquilibrées les résolutions prises à l'égard de l'Arabie Saoudite et de l'Iran.

"Nous soutenons et nous soutiendrons toujours les droits des femmes et des défenseurs des droits de l’Homme, quel que soit le pays. Ce qui m’a conduite à voter pour les parties du texte et les amendements allant dans ce sens. Néanmoins, le Parlement européen se déconsidère, s'il n'applique pas de façon équivalente ses critères et ses valeurs", explique-t-elle.

Déjà accusée de ménager le pays

Elle reproche aussi au texte de demander au gouvernement la libération de prisonnier, ce qui relève de la compétence des tribunaux.

Comme le souligne Romain Caillet, en 2015, l'ex-ministre de l'Intérieur, qui est aussi présidente de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Péninsule arabique, avait été accusée de ménager l'Arabie Saoudite. Comme le rapportait L'Express, l'eurodéputée avait à l'époque déposé un amendement pour retirer toute référence à l'Arabie Saoudite et au Koweït dans un passage du rapport 2014 du Parlement européen sur la situation des droits de l'Homme qui portait sur la peine de mort. 
C.V.