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Après avoir assumé des "confrontations", Macron et Merkel sont-ils au bord de la rupture?

La chancelière conservatrice allemande a admis mercredi avoir des "confrontations" avec le président français, que ce dernier n'a pas niées. Un nouveau signe que le couple franco-allemand bat de l'aile à seulement quelques jours d'élections européennes cruciales.

Le couple franco-allemand aurait-il des difficultés à travailler main dans la main? Angela Merkel et Emmanuel Macron ont reconnu mercredi avoir des "confrontations". A dix jours d'élections européennes à haut risque, la chancelière allemande a souligné ses divergences et désaccords avec le chef d'Etat français. Dans une interview publiée par plusieurs quotidiens européens dont le Süddeutsche Zeitung et Le Monde, elle a reconnu qu’il y avait des "différences de mentalité" et de "compréhension des rôles" entre eux.

Macron et Merkel, "adversaires politiques"

Emmanuel Macron n'a pas nié ces divergences. Lors d'une conférence de presse à Paris, il a rétorqué qu’il s’agissait d’une "confrontation féconde". "Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d'accord sur tout, pour construire un compromis avec l'Allemagne pour pouvoir avancer", a-t-il fait valoir. Entre les lignes, notre éditorialiste politique Laurent Neumann comprend que "pendant encore 10 jours (jusqu'aux européennes, ndlr), Merkel et Macron sont juste des adversaires politiques".

"Angela Merkel est en campagne électorale et elle n’est pas dans le même camp politique qu’Emmanuel Macron. Les députés LaREM qui iront à Strasbourg à l’issue des élections européennes ne siégeront pas dans le même groupe que les députés conservateurs de Merkel qui seront dans le PPE. LaREM veut créer un groupe charnière de libéraux. Au Parlement de Strasbourg il y a une opposition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Donc d’un point de vue politique, Macron et Merkel sont adversaires", développe-t-il.
D'après Christophe Barbier, éditorialiste politique à BFMTV, "Angela Merkel veut que les Allemands dominent le PPE et que le PPE domine le Parlement européen pour que l’Europe soit germano-centrée. C’est un peu déloyal. La solution pour ne pas aller dans le rapport de force c’est d’aller vers la fusion. Il faut déterminer un objectif commun et ensuite voir dans chacun des pays quelle solution on retient – parce qu’on n’a pas les mêmes cultures, les mêmes économies ni les mêmes traditions".

La France "isolée dans l'Union européenne"

Cette "confrontation" souligne les difficultés d'Emmanuel Macron à faire bouger l'Europe, une faille sur laquelle a insisté Jordan Bardella, tête de liste RN, mercredi soir sur notre antenne. "Jamais la France n'a été aussi isolée dans l'Union européenne", a-t-il fait valoir lors d'un débat face à Nathalie Loiseau, tête de liste LaREM.

Ces derniers mois, les divergences se sont effectivement multipliées dans le couple franco-allemand, du gel de ventes d'armes à l'Arabie Saoudite décidé par l'Allemagne après l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au devenir de l'Union européenne, en passant par le Brexit et les reports accordés au Royaume-Uni.

Partenaire "solide"

Le président français avait déjà concédé fin avril avoir des désaccords avec l'Allemagne sur un certain nombre de sujets, et avait revendiqué la nécessité d'affirmer aussi "des positions françaises".

"Merkel a compris qu’en face d’elle, elle avait un partenaire solide. Le couple franco-allemand a longtemps été porté par l’Allemagne, aujourd’hui la relation est plus équilibrée et ça, Angela Merkel n’en a pas l’habitude", établit ce jeudi sur BFMTV Saïd Ahamada, porte-parole de LaREM à l’Assemblée nationale.

La chancelière nie toutefois une détérioration des relations avec la France, reconnaissant uniquement des "temporalités différentes" entre les deux dirigeants.

Ambre Lepoivre