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Alain Juppé souhaite ouvertement la chute de Kadhafi

Le ministre de la Défense, Alain Juppé, a dit espérer que Mouammar Kadhafi "vive ses derniers moments de chef d'Etat en Libye" et a réclamé un durcissement des sanctions, en raison de la répression des manifestations d'opposants au régime. /Photo prise le

Le ministre de la Défense, Alain Juppé, a dit espérer que Mouammar Kadhafi "vive ses derniers moments de chef d'Etat en Libye" et a réclamé un durcissement des sanctions, en raison de la répression des manifestations d'opposants au régime. /Photo prise le - -

Ce jeudi , le ministre français de la Défense, Alain Juppé, a dit souhaiter que Mouammar Kadhafi "vive ses derniers moment de chef d'Etat en Libye".

Sur France Inter, l'ancien Premier ministre a réclamé un durcissement des sanctions "de tous ordres" contre le régime libyen, n'excluant pas une exclusion de l'espace aérien voire l'arrêt des achats de pétrole.

La France envisage de "nouvelles rotations" pour évacuer des ressortissants européens de Libye, a-t-il dit.

Environ 200 Français sont encore dans le pays sur les 750 qui y étaient avant le début des manifestations, des touristes désireux de rentrer et d'autres qui "veulent rester parce que c'est là qu'ils vivent".

Face à la répression sanglante qui sévit en Libye, le ministre de la Défense est le premier membre du gouvernement français à demander explicitement la chute du colonel.

"Je souhaite de tout coeur que Kadhafi vive ses derniers moments de chef d'Etat", a déclaré Alain Juppé.

"Il y a une Cour pénale internationale sur la planète et les criminels relèvent de cette cour", a-t-il menacé.

"Ce qu'il a décidé de faire, c'est-à-dire tirer à l'arme lourde sur sa population, est naturellement inacceptable. On parle parfois de la non ingérence des affaires des pays de la planète mais il y a un autre devoir qui a été très clairement adopté par les Nations Unies, c'est la responsabilité de protéger", a dit le numéro deux du gouvernement.

"Lorsqu'un gouvernement n'est pas capable de protéger sa population et même lorsqu'il l'agresse, alors les autres pays ont le devoir d'intervenir", a insisté Alain Juppé.

"ERREUR D'APPRÉCIATION"

Selon le ministre de la Défense, "il n'y a pas d'intervention militaire" en prévision mais les pays occidentaux travaillent au "durcissement des sanctions de tous ordres" notamment au niveau européen.

L'exclusion de la Libye de l'espace aérien international, "cela mérite d'être étudié", a-t-il fait valoir.

Des voix réclament, en Europe, l'arrêt des achat de pétrole à la Libye, ce qui priverait le régime de sa principale ressource financière.

"Dans la situation actuelle, les fournitures de pétrole par la Libye seront vraisemblablement bouleversées mais je pense que c'est une décision qui mérite d'être regardée", a dit Alain Juppé. "Pour ma part, si cette solution arrivait sur la table, je la soutiendrais."

Pour Alain Juppé, la France n'a pas de reproches à se faire sur sa politique envers la Libye ces dernières années, même si elle a commis une "erreur d'appréciation".

En 2007, Nicolas Sarkozy avait reçu avec faste le colonel Kadhafi à Paris. La visite, ponctuée de signatures de contrats commerciaux, avait provoqué des remous jusque dans les rangs de la majorité.

"Aujourd'hui, cette mode qui consiste à montrer du doigt la diplomatie française n'est plus acceptable (...) La France n'est pas seule à avoir commis ce qu'on peut aujourd'hui appeler une erreur d'appréciation", a-t-il estimé.

Au-delà de la Libye, les révolutions tunisienne et égyptienne prouvent que "nous avons sous-estimé l'exaspération des peuples arabes vis-à-vis des régimes policiers qu'ils subissaient", a concédé Alain Juppé.

Sur France Info, le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a prononcé quasiment les mêmes mots.

"Nous avons accordé trop d'importance aux régimes et pas assez aux peuples", a-t-il estimé. "Nous avons tous fait l'erreur de considérer que la stabilité de ces régimes nous permettait de fermer les yeux sur le reste".

Laure Bretton, édité par Clément Guillou