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Affaire Tapie : Lagarde auditionnée jeudi

Le Conseil d'administration du FMI a souligné que Christine Lagarde n'avait pas tiré personnellement profit de l'arbitrage privé choisi pour régler le litige judiciaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais.

Le Conseil d'administration du FMI a souligné que Christine Lagarde n'avait pas tiré personnellement profit de l'arbitrage privé choisi pour régler le litige judiciaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais. - -

La directrice du FMI sera entendue jeudi par la Cour de justice de la République pour évoquer son rôle dans l’arbitrage controversé de l’affaire Tapie. L’audition, qui pourrait durer deux jours, se conclura soit par la mise en examen de Christine Lagarde, soit par son placement sous le statut de témoin assisté.

Christine Lagarde est convoquée jeudi devant la Cour de justice de la République (CJR) pour s'expliquer sur son rôle dans l'arbitrage rendu en faveur de l'homme d'affaires Bernard Tapie, qui pourrait lui valoir une mise en examen embarrassante.
L'audition de la directrice générale du Fonds monétaire international, à l'issue de laquelle elle sera soit mise en examen, soit placée sous statut de témoin assisté, pourrait se poursuivre jusqu'à vendredi selon son avocat, Maître Yves Repiquet.

« Rien de nouveau sous le soleil »

Christine Lagarde s'était montrée sereine à la mi-avril face à cette convocation devant la seule juridiction habilitée à juger d'anciens ministres pour des faits commis dans le cadre de leurs fonctions, en l'occurrence lorsqu'elle dirigeait Bercy. « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil », avait-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Washington. « Je serai très heureuse de me rendre quelques jours à Paris, mais ça ne changera rien à la concentration, l'attention, et l'enthousiasme que je porte à mon travail », avait-elle ajouté.
Le Conseil d'administration du FMI adopte la même attitude, soulignant que l'ancienne ministre de l'Economie n'a pas tiré personnellement profit de l'arbitrage privé choisi pour régler le litige judiciaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais. « Pour l'instant, ce n'est pas une préoccupation », indique une source de l'institution. « Le Conseil devra revoir sa position si cette procédure judiciaire commençait à l'empêcher d'exercer son mandat », précise-t-elle toutefois.

« Une action concertée » en faveur des époux Tapie

Christine Lagarde avait choisi en 2007 de solder par un arbitrage privé un litige judiciaire concernant la revente en 1993, par le Crédit Lyonnais, d'Adidas, contrôlé par Bernard Tapie. Ce dernier s'estimait floué par la banque.
Le Canard enchaîné publie des extraits du réquisitoire de la CJR, un document qu'il qualifie de « sans pitié ». « De l'ensemble de ces décisions systématiquement défavorables aux intérêts (...) de l'Etat résultent des indices graves et concordants faisant présumer que, sous l'apparente régularité d'une procédure d'arbitrage, se dissimule en réalité une action concertée en vue d'octroyer aux époux Tapie (...) les sommes qu'ils n'avaient pu jusqu'alors obtenir » de la justice, écrirait ainsi le procureur. La directrice générale du FMI, dont le domicile a été perquisitionné fin mars, dément toute malversation et a exclu de démissionner d'un poste qu'elle occupe depuis le départ forcé de Dominique Strauss-Kahn de Washington après l'affaire du Sofitel. En septembre 2008, Christine Lagarde avait déclaré devant une commission d'information parlementaire qu'elle n'agissait « pas sur instruction, mais sur la base de (son) appréciation », rappelle l'hebdomadaire satirique.

Bercy pourrait se constituer partie civile

En cas de mise en examen de la directrice générale du FMI, Bercy envisage un recours en révision contre l'arbitrage controversé, indique au quotidien Le Monde Pierre Moscovici.
« Si une atteinte aux intérêts de l'Etat est avérée, alors Bercy se constituera partie civile » dans le volet non ministériel du dossier, dit-il par ailleurs. Le parquet de Paris a ouvert en septembre dernier une information judiciaire pour usage abusif des pouvoirs sociaux, recel de ce délit, détournement de fonds publics et faux dans cette affaire. Une procédure visant Christine Lagarde est ouverte depuis l'été 2011 à la CJR pour complicité de détournement de fonds publics et de faux dans l'affaire Tapie. Les domiciles de son directeur de cabinet de l'époque, Stéphane Richard, actuel PDG de France Télécom, et de Bernard Tapie, ont été perquisitionnés, ainsi que les domicile et cabinet parisiens de Claude Guéant, secrétaire général de Nicolas Sarkozy à l'Elysée au moment des faits.

Rappel de l'affaire|||

Le tribunal arbitral, instance privée, avait condamné en juillet 2008 le Consortium de réalisation (CDR), structure créée en 1995 pour gérer le passif du Crédit Lyonnais après sa quasi-faillite, à verser à Bernard Tapie 285 millions d'euros d'indemnités, dont 45 millions à titre de préjudice moral (403 millions d'euros avec les intérêts). Des élus du centre et de gauche ont reproché à Christine Lagarde d'avoir choisi la voie d'un arbitrage privé, y voyant une « faveur » politique à l'égard de l'ancien ministre de François Mitterrand, qui avait créé la surprise en soutenant Nicolas Sarkozy en 2007 lors de l'élection présidentielle.

Claire Béziau, avec Reuters