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Affaire Kohler: l'exécutif interpellé sur une note de Macron dédouanant son bras droit

Cette enquête avait été finalement classée sans suite en août 2019. Peu après que la note du chef de l'État a été envoyée par l'avocat d'Alexis Kohler au parquet national financier.

Quel rôle Emmanuel Macron a-t-il joué dans l'affaire Alexis Kohler? L'exécutif a été accusé ce mardi d'attenter à la séparation des pouvoirs après la mise au jour d'une note du président de la République dédouanant son bras droit alors qu'il était visé en 2019 par une enquête pour prise illégale d'intérêt.

Dans cette attestation, dont l'association anti-corruption Anticor a récemment fait état et qui a été publiée mardi par Mediapart, le chef de l'État assure qu'Alexis Kohler n'est jamais intervenu, au moment où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à l'armateur italo-suisse MSC avec lequel il entretenait d'étroits liens professionnels et familiaux.

Une "note personnelle" d'Emmanuel Macron

"Alexis Kohler n'avait jamais rendu publiques ses relations avec le famille Aponte qui est le principal actionnaire de MSC et qui est en même temps le premier client des Chantiers navals de l'Atlantique", assure à BFMTV Martine Orange, journaliste à Mediapart.

"Lors de ma prise de fonction de ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, j’étais déjà informé de vos liens familiaux avec les actionnaires de contrôle de MSC, ainsi que de la volonté que vous aviez exprimée de rejoindre cette entreprise quelques mois plus tard", écrit Emmanuel Macron dans cette "note personnelle".

"Vous m’aviez d’ailleurs formellement remis, au moment de votre entrée aux fonctions de directeur de mon cabinet, un courrier demandant à ne jamais avoir à traiter des dossiers et questions concernant cette société", poursuit le président de la République dans ce document.

Une enquête finalement classée sans suite

C'est parce qu'il était soupçonné d'avoir dissimulé ces liens devant la commission de déontologie que le parquet national financier (PNF) avait ouvert une enquête le 4 juin 2018 pour prise illégale d'intérêts.

Cette enquête avait été finalement classée sans suite en août 2019 peu après que la note du chef de l'État, adressée initialement à Alexis Kohler, a été envoyée par l'avocat de ce dernier au PNF. Pour expliquer l'abandon des poursuites, les magistrats avaient alors assuré ne pas avoir pu "caractériser les infractions initialement suspectées".

Mécontent du classement sans suite, Anticor a récemment tenté de relancer l'enquête visant Alexis Kohler en déposant une plainte avec constitution de partie civile.

Des "faits troublants" pour l'opposition

Évoquant "des faits particulièrement troublants" lors des séances de questions à l'Assemblée, le député LFI Ugo Bernalicis a laissé entendre ce mardi que les conclusions des enquêteurs s'étaient orientées vers un classement sans suite après la note du chef de l'Etat et a directement interpellé la garde des Sceaux.

"Étiez-vous au courant que le président de la République censé être garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire (...) était intervenu directement dans un dossier individuel?", a demandé Ugo Bernalicis.

"Etes-vous prête à ouvrir une enquête de l'Inspection générale de la justice?", a-t-il poursuivi, alors que le débat sur l'indépendance de la justice a été relancée par des "soupçons" de pression dans l'affaire Fillon.

Une simple "attestation employeur" pour Ferrand

"Votre question englobe plusieurs éléments auxquels il est très difficile ici de répondre en quelques minutes, tant la confusion qui résulte des différents éléments que vous avez amenés rend une réponse claire délicate", a répondu Nicole Belloubet, sans s'exprimer directement sur la note d'Emmanuel Macron.

"Au fond, si j'ai bien lu cet article, c'est une sorte d'attestation d'employeur qui 'lorsque j'étais ministre et que j'avais ce collaborateur, celui-ci m'a informé de ces liens et s'est déporté sur les dossiers en questions", a commenté le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, ce mercredi matin sur BFMTV-RMC.

Pour l'élu LaREM, "personne n'a (la) capacité" de dédouaner Alexis Kohler: "Les juges sont indépendants en France que je sache." "Ça se fait tous les jours dans des procédures qu'un employeur atteste dans un sens ou dans un autre sur un collaborateur", a-t-il poursuivi.

Contacté par l'AFP et Mediapart, l'Elysée n'a pas souhaité faire de commentaires. L'avocat d'Alexis Kohler n'avait pas non plus répondu au site lors de la publication de l'article.

M.D. avec AFP