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Affaire Benalla: le chef des CRS dit ne pas avoir "été informé" de la présence d'observateurs le 1er mai

Le commandant Leleu, patron de la Compagnie républicaine de sécurité présente le 1er mai place de la Contrescarpe à Paris, est auditionné ce vendredi par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, boycottée par l'opposition.

"Voilà le récit de la journée comme nous l’avons vécue jusqu’à jeudi dernier quand nous avons découvert que les effectifs civils n’appartenaient pas aux forces de l’ordre." C'est avec un résumé carré et précis que le patron de la Compagnie républicaine de sécurité 15 de Béthune, présente le 1er mai place de la Contrescarpe quand Alexandre Benalla a été filmé en train de molester deux manifestants, a entamé son audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, boycottée par les députés d'opposition.

Répondant aux seules questions des élus LaRem, le commandant Leleu a expliqué que, "pour cette journée du 1er mai", ne pas avoir "été informé qu’il y avait des observateurs présents dans le dispositif" lors de la mission de sa compagnie de maintien de l'ordre.

"Pour nous il s’agissait de policiers"

Ce 1er mai, les CRS 15 ont été associés au dispositif de maintien de l'ordre pour la manifestation alors que des informations faisant état de risques importants de violence. Après avoir repoussé le black bloc de 1.200 personnes constitué vers le pont d'Austerlitz, ses hommes sont redéployés place de la Contrescarpe. Leur rôle était alors "de contrôler les accès à cette place afin d’éviter tout rassemblement d’éléments désireux de s’y installer", a détaillé le commandant, ajoutant qu'un "groupe hostile" d'une cinquantaine de personnes usaient de projectiles à l'encontre des forces de l'ordre. Lui est resté en contact direct uniquement avec le commissaire Creusat, mis en examen depuis pour avoir transmis les images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla.

"Les effectifs exfiltraient un individu pris en compte par un personnel civil. Pendant que la jeune fille était ramenée par un autre effectif civil", poursuit le patron de la compagnie, au sujet des deux manifestants molestés par Alexandre Benalla et Vincent Crase.

A ce moment-là, il ne fait aucun doute aux CRS sur place que les deux hommes sont des policiers en civil. "Les deux personnes dont vous parlez avaient aux yeux de chacun toute l’apparence de fonctionnaires de police", insiste le commandant Pierre Leleu, citant le casque et le poste radio pour l'un et l'arme de poing pour l'autre. "On ne s’est même pas posé la question, pour nous il s’agissait de fonctionnaires de police" martèle encore ce chef des CRS face aux questions répétitives des députés La République en marche!. D'autant qu'Alexandre Benalla et Vincent Crase ne se sont pas présentés ni comme observateurs, ni comme policiers.

"Ils étaient présents sur le dispositif en présence d’autres fonctionnaires de la police parisienne que je connais, précise alors le commandant. Il n'est pas singulier qu’il y ait des personnels civils" dans les dispositifs de maintien de l'ordre.

Une intervention de Benalla sans effet

Le patron des CRS 15 a également détaillé l'accueil des observateurs dans ses unités lorsqu'il est alerté de leur présence. Lors de la prise en charge de personnes extérieures, ces dernières sont équipées d'un casque, d'un gilet pare-balles... "Le rudiment nécessaire pour pouvoir observer sur le terrain". Le commandant Leleu a précisé encore que ces observateurs sont accompagnés d'un binôme, d'un référent pour leur expliquer le fonctionnement des opérations. "A leur charge d'évaluer et de les soustraire à l'événement s'il y a danger", maintient-il.

Le commandant Leleu, face aux questions incessantes des députés de la majorité, a précisé que les deux individus pris en charge par Alexandre Benalla et Vincent Creuse avaient été identifiés, avant leur interpellation, "comme auteurs de jets de projectile". Leur avocat avait lui expliqué sur BFMTV qu'il s'agissait uniquement d'un couple prenant un verre sur une terrasse de la place de la Contrescarpe. "Ils ont à un moment essuyé une première charge de CRS, ils ont eu un acte irréfléchi", avait-il expliqué.

Toutefois, la conclusion du patron des CRS 15 est clair: "Cette intervention (celle d'Alexandre Benalla et Vincent Crase, NDLR) n’a pas apporté de plus-value sur le déroulement de l’opération."
Justine Chevalier