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A l’UMP, après le K.O… le chaos

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Jean-François Copé a créé la surprise hier en admettant, à propos de la primaire parisienne de plus en plus contestée, que l’UMP doit faire « l’apprentissage de la démocratie ». Est-ce que c’était un lapsus ?

On croyait avoir connu le pire avec la bataille sordide de l’hiver dernier, les décomptes bizarroïdes, les accusations réciproques, les drôles de coco de la Cocoe… Ce qui se passe à Paris est un peu moins violent mais aussi désastreux. Les problèmes techniques se multiplient, les candidats se soupçonnent tous de frauder, le climat est détestable. Copé et Fillon étaient censés avoir tout mis à plat ; en fait, c’est le parti lui-même qui est à plat. Le ressort démocratique de l’UMP est cassé. On est passé du K.O technique à un fonctionnement… chaotique.

Donc il faut lire la phrase de Jean-François Copé comme un aveu de faiblesse ? Oui, l’UMP doit refaire l’apprentissage de la démocratie interne ?

Il n’a pas dit « réapprendre », mais « apprendre la démocratie ». Et avec le sourire, ça ne ressemblait pas à un lapsus. Donc il faut l’entendre comme l’aveu d’une incapacité, qui est patente – contrairement au PS, l’UMP ne sait pas organiser des élections internes dans des conditions de transparence acceptables. Mais c’est aussi une critique de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy. Au fond, Copé dit qu’il a hérité d’un parti moyennement démocratique. Ce n’est pas forcément faux mais depuis qu’il le dirige, on ne peut pas dire qu’il l’ait beaucoup amélioré sur ce point. L’UMP reste un parti de godillot… mais il est à côté de ses pompes.

Justement, on entend souvent dire que les primaires ne correspondent pas à l’esprit du gaullisme. D’accord avec cet argument ?

A moitié seulement. Il est vrai que les gaullistes sont imprégnés de la culture du chef, mais ils ne sont pas les seuls : Mitterrand, Giscard, Jospin, Le Pen aussi ont imposé une organisation très verticale dans leurs partis, et ils n’étaient pas gaullistes. En réalité, c’est la Ve République qui pousse au césarisme, donc à la caporalisation. Mais il faut dire aussi que De Gaulle s’opposait au « régime des partis » et que les primaires, c’est le système qui empêche les états-majors politiques de s’approprier seuls la désignation des candidats puisqu’on demande aux électeurs de choisir. Donc d’une certaine façon, ce n’est pas antinomique avec l’esprit gaulliste.

Est-ce qu’il reste une chance que la primaire de l’UMP à Paris ne soit pas une catastrophe ?

C’était un scrutin qui devait servir à légitimer la candidature de NKM. Quel que soit le résultat, il semble que ce ne sera pas le cas – elle va sûrement devoir disputer un 2e tour et tous les soupçons sur le vote ne vont pas aider le vainqueur à asseoir son leadership. Si elle s’en sort honorablement, elle partira en campagne sur des bases fragiles. Et si la primaire aboutit à l’élimination ou au discrédit de la seule candidate de l’UMP qui ait une chance d’être maire de Paris, on pourra dire que si ce n’est pas la droite la plus bête du monde, l’UMP de Paris est au moins la droite la plus stupide de France.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 3 juin.

Hervé Gattegno