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3 Français sur 4 jugent la politique d'Emmanuel Macron injuste

Emmanuel Macron à l'Elysée.

Emmanuel Macron à l'Elysée. - BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Alors que les mouvements sociaux se déclarent dans le pays, la politique engagée par l'exécutif trouve une majorité de critiques parmi les Français, selon le nouveau sondage "L'Opinion en direct" de l'institut Elabe pour BFMTV.

L'exécutif entre dans le dur. Selon le nouveau sondage "L'Opinion en direct" dirigé par l'institut Elabe pour BFMTV, que nous publions ce mercredi à la veille d'une journée de grève devant mobiliser de larges pans de la fonction publique, les Français sont maintenant très nombreux à se montrer critiques devant la politique menée par l'exécutif. Si 58% des Français la jugent conforme aux engagements pris durant la campagne présidentielle, ils sont en effet 74% à la dire "injuste", soit une hausse de six points par rapport à la précédente mesure à ce propos il y a trois semaines. Pour 77% d'entre eux, elle n'est pas à même de rassembler les Français (33% des citoyens ne l'estimant même "pas du tout" rassembleuse). 

Une politique de plus en plus largement impopulaire 

Les classes populaires, moyennes et les retraités sont les plus tranchés. La première catégorie citée ne présente qu'un taux de 25% de personnes évoquant une politique juste, et 20% apte à fédérer la population. Tous les électorats de la dernière élection présidentielle voient les choses d'un mauvais œil de ce point de vue, sauf celui d'Emmanuel Macron. Toutefois, dans cet ensemble précis, la désaffection est sensible: ils ne sont que 46% de partisans de l'actuel chef de l'Etat à décrire l'orientation gouvernementale comme "rassembleuse" et ils sont également 46% à ne pas la considérer comme juste, un sentiment en hausse de neuf points, soit l'augmentation la plus importante au sein du panel étudié. 

Si l'on se reporte à nouveau au tableau de l'ensemble des sondés, 59% ne pensent pas que la politique actuelle puisse améliorer la situation du pays, et 57% ne croient pas qu'elle puisse relancer l'économie. 

La mobilisation des travailleurs des EHPAD nettement approuvée 

Ces mauvaises appréciations consignées dans le carnet de correspondance élyséen prennent d'autant plus de résonance qu'elles surgissent alors que des mobilisations naissent dans de nombreux secteurs pour contester la direction prise par l'exécutif. Or, Elabe, qui a aussi voulu juger de l'écho des différents mouvements sociaux dans le pays, indique que si aucun n'est franchement rejeté par les Français, certains suscitent même une large sympathie. 

C'est le cas de la protestation des personnels des EHPAD au premier chef. Ceux-ci voient leur mobilisation approuvée (qu'il s'agisse d'un soutien franc et massif ou d'une simple expression de sympathie) par 86% des Français. Le mouvement des retraités soulève la bienveillance de 81% des électeurs. Ces deux événements trouvent même un taux de soutien pur et simple très élevé: avec respectivement des pourcentages de 58% et 55%. Les plus de 65 ans se situent presque intégralement sur ce bord: 96% approuvent les personnels d'EHPAD et 92% les retraités. 

Cheminots, fonction publique: la division des Français 

Il faut ensuite noter que les Français ne s'accordent ni ne rejettent nettement les autres revendications. Ils apparaissent ainsi comme divisés mais plutôt favorables au mouvement des fonctionnaires, 48% d'entre eux témoignant de leur soutien ou de leur sympathie, 38% de leur opposition ou de leur hostilité, 13% de leur indifférence. Ils sont à nouveau partagé au chapitre des cheminots, bien que cette fois-ci ce soit la défiance qui l'emporte. 38% posent en effet leur soutien ou leur sympathie là où 49% des sondés affirment leur opposition voire leur hostilité aux débrayages dans ce domaine. Dans ces deux derniers cas, les retraités, dont le propre mouvement est donc entouré de l'approbation générale, sont les plus hostiles: 47% rejettent le bien-fondé du mouvement des fonctionnaires et 61% celui de la mobilisation au sein de la SNCF. 

La contestation sociale à l'intérieur de la compagnie ferroviaire intéresse en tout cas de plus en plus. Par rapport à une précédente étude Elabe réalisée les 13 et 14 mars derniers, l'indifférence à ce sujet chute de dix points, les réactions d'opposition ou d'hostilité grimpent de six points, celles de soutien de quatre points. 

Le gouvernement doit corriger le tir, selon les sondés

En toute cohérence avec les sentiments énoncés plus haut, les Français appellent, dans cette enquête d'opinion, le gouvernement à corriger le tir. Ils sont ainsi 65% à déclarer qu'en ce qui concerne les réformes, le gouvernement doit, dans les semaines et mois à venir, revoir l'orientation de sa politique actuelle. 34% des gens estiment en revanche qu'il doit conserver son attitude. Les classes populaires et les électeurs vivant dans les zones rurales sont les plus nettement enclins à peser dans le sens de la réorientation de l'agenda exécutif, avec respectivement des taux de 72% et 71%. A l'opposé du spectre dessiné, les cadres sont quant à eux les plus favorables au statu quo: 56% sont ainsi rétifs au changement dans la politique gouvernementale. 

Echantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l'échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes: sexe, âge et profession de l'interviewé après stratification par région et catégorie d'agglomération. Interrogation par Internet les 20 et 21 mars 2018. 

Robin Verner