BFMTV

2017: une présidentielle placée sous le signe de l'incertitude

La présidentielle 2017 est placée sous le signe de l'incertitude. (photo d'illustration).

La présidentielle 2017 est placée sous le signe de l'incertitude. (photo d'illustration). - VALERY HACHE / AFP

A deux mois de la présidentielle, de nombreux électeurs ne semblent pas savoir s'ils iront voter, ni à qui ils donneront leur bulletin. Une situation liée à plusieurs facteurs, mais qui n'affecte pas tous les candidats de la même manière.

Les principaux candidats à la présidentielle sont connus, leurs programmes sont débattus, même si celui d'Emmanuel Macron n'a pas encore été entièrement rendu public, et les affaires s'accumulent. Bref, la campagne suit son cours, à deux mois de la présidentielle. Mais du côté des électeurs, l'incertitude règne. Un trouble qui s'exprime dans les sondages notamment. D'après une étude publiée dimanche par Odoxa, plus d'un Français sur deux (54%) ne sait pas encore pour qui il votera. Parmi ces indécis, 20% hésitent entre deux candidats, et 33% ne savent tout simplement pas à qui confier leur bulletin.

Pour de nombreux commentateurs, cette volatilité est inhabituelle. Elle n'est en tout cas pas négligeable, par son ampleur. Ainsi, comme le montre le dernier volet du baromètre du Cevipof, en 2012, 76% des votants se disaient certains d'aller voter. Aujourd'hui, ils sont 69%, soit environ 3 millions de moins. Parmi ceux qui sont certains de participer au scrutin, 8% ne formulent pas d'intention de vote. La moitié des électeurs interrogés dit aussi que son choix n'est pas définitif. L'incertitude concerne donc aussi bien le fait d'aller voter que la question de savoir pour qui voter effectivement.

Marine Le Pen, un socle électoral plus ancien

Cette volatilité varie en fonction des candidats, et ce que montrent les derniers sondages, c'est que le Front national semble être relativement épargné par ce phénomène. Dans le baromètre Cevipof, les électeurs de Marine Le Pen se disent sûrs de leur choix à 74%. Ceux de François Fillon le sont à 61%, ceux de Jean-Luc Mélenchon à 53% et ceux de Benoît Hamon à 39%. Ceux d'Emmanuel Macron, en revanche, ne sont que 33% à être sûrs de leur vote.

L'Ifop, qui réalise aussi un baromètre, mais quotidien, obtient peu ou prou les mêmes résultats dans son dernier volet, paru vendredi. Jean-Luc Mélenchon se démarque avec 60% de votants "sûrs", François Fillon également avec 61%, Marine Le Pen plus largement encore avec 78%. Pour Yves Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe, la stabilité du vote Le Pen tel qu'il s'exprime dans les sondages n'a rien de surprenant. "Le socle électoral de Marine Le Pen se renouvelle et évolue d’élection en élection", explique-t-il, contacté par BFMTV.com. Pour Emmanuel Macron, les choses se compliquent. "Il incarne la nouveauté; c’est une force mais aussi une faiblesse", poursuit Yves-Marie Cann.

"Plus on est central plus on peut se faire capter son électorat par un autre", analyse aussi François Kraus, directeur du pôle politique et actualité à l'Ifop, contacté également. "Plus on est situés aux extrêmes, plus on a la certitude de pour qui on vote", constate-t-il au contraire.

L'héritage des derniers quinquennats

Outre l'irruption dans la campagne des soupçons d'emploi fictif qui pèsent sur l'épouse de François Fillon, qui ont changé la donne pour le candidat de la droite, l'incertitude générale qui règne est liée au contexte politique plus global. "Ce sont des temps difficiles pour les Républicains et le Parti socialiste. Le quinquennat accélère le temps politique, certains sont perdus par rapport à ce qui a pu être fait ces dix dernières années, ils cherchent une voie alternative", note Yves-Marie Cann, qui considère cependant que ce flou n'est pas inédit pour une présidentielle.

"L’essentiel est devant nous, les semaines à venir seront déterminantes. Les électeurs vont faire leur choix sur la base des propositions des candidats. Et il y a encore trois semaines on ne connaissait pas le candidat socialiste", fait-il valoir.

Un climat de "dégagisme"

Eddy Fougier, lui, estime que la situation est sans précédent, et s'inscrit dans un "bouleversement de l'offre et de la demande politiques". Contacté par BFMTV.com, le politologue et chercheur associé à l'IRIS précise aussi qu'il y a toujours une différence entre une élection avec le président sortant, et une élection sans le président sortant. "Avec, il y a un débat autour de la personnalité du sortant. Sans, c’est plus ouvert, ça porte sur les programmes autant que sur le bilan du quinquennat, que personne ne porte actuellement", avance-t-il. 

Si l'incertitude semble n'épargner pas grand monde à part la candidate du Front national, c'est aussi parce pour lui "il y a un climat de dégagisme comme le dit Jean-Luc Mélenchon, une volonté de changer les têtes, de renouveler les idées", qui explique notamment les résultats des primaires de droite, écologiste et de gauche, où tous les candidats donnés favoris ont été battus.

L'enjeu sera de mobiliser l'électorat

Le politologue mise sur le fait que cette incertitude perdurera encore dans les semaines à venir, et en particulier à gauche. "Il y aura un mini vote utile. A droite, on sent que François Fillon a atteint son plancher, il y a une saturation de ses électeurs, ils ne semblent plus atteints par les affaires. On a le sentiment que Fillon ne descendra pas plus bas. Marine Le Pen non plus à mon avis", estime-t-il. "C’est à gauche que ça peut fluctuer".

Et pour lui, un candidat en particulier pourrait faire les frais de cette situation, comme c'est déjà le cas. "Du côté d’Emmanuel Macron, ça se tasse un peu. Avec son programme, certains vont être déçus, qu’il soit jugé trop à gauche ou au contraire trop à droite", conclut Eddy Fougier. Quant à savoir si ces chiffres peuvent être des indices d'une forte abstention à venir, Yves-Marie Cann estime qu'il est encore tôt pour le savoir.

"Si on a une incertitude élevée à la veille de l’élection, ça pourra entraîner une démobilisation et donc une abstention", admet-il. "Mais deux mois en politique, ça peut être très long. L’enjeu va être de mobiliser les électeurs", prévient le sondeur. 
Charlie Vandekerkhove