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Y a-t-il eu des manquements dans la surveillance de Rédoine Faïd?

La prison de Réau, en Seine-et-Marne, d'où s'est évadé Rédoine Faïd.

La prison de Réau, en Seine-et-Marne, d'où s'est évadé Rédoine Faïd. - Philippe Lopez - AFP

L'évasion du braqueur récidiviste soulève la question de ses conditions d'incarcération et de sécurisation de la prison. Nicole Belloubet s'est rendue sur place en fin de journée pour répondre aux interrogations.

Comment Rédoine Faïd, ce braqueur récidiviste, a-t-il pu s'échapper de la prison de Réau? La question est dans toutes les têtes ce dimanche, et particulièrement chez les surveillants pénitentiaires, après cette évasion spectaculaire par hélicoptère.

> Un détenu discret

A Séquedin, dans l'établissement où Rédoine Faïd a été incarcéré avant sa première tentative d'évasion, comme à Réau, les surveillants évoquent un personnage discret. "Il ne faisait pas parler de lui, c'est pour cela que tout le monde est surpris, explique sur notre antenne Martial Delabroye, du syndicat FO-Pénitentiaire. "On en vient à oublier les profils des détenus, ça devient la routine", poursuit-il.

Pourtant, Rédoine Faïd était placé à l'isolement, dans un quartier sécurité. Il était pris en charge par deux personnes quand il sortait de sa cellule et ne croisait personne lorsqu'il se déplaçait dans l'enceinte de la prison. 

> La cour de la prison ne disposait pas de filet 

C'est alors qu'il discute avec son frère au parloir que Rédoine Faïd prend la fuite. Ses complices ont posé un hélicoptère dans la cour d'honneur de la prison de Réau. "Il s'agit de l'entrée principale de la prison, elle est réservée aux invités prestigieux, aux magistrats, aux procureurs…", précise Sarah-Lou Cohen. Une cour distincte de celle où se promènent les prisonniers, qui se trouve à l'abri des miradors. Elle n'avait pas de filet: l'hélicoptère a donc pu s'y poser sans encombre.

Pour Sébastien Nicolas, du syndicat FO-direction, la prison de Réau n'était pas la mieux sécurisée: "il s'agit d'un centre pénitentiaire, pas d'une maison centrale. Or ce sont les maisons centrales qui sont concernées par le plus haut degré de sécurité", rappelle-t-il sur BFMTV.

"Vu le profil de Rédoine Faïd, sans doute aurait-il dû être affecté sur un établissement hautement sécuritaire". Il appelle donc à une "évolution de la réglementation" sur la prise en charge des détenus. "Ils doivent être affectés en fonction de leur profil, pas de leur sanction pénale".

> Une inspection demandée par la ministre de la Justice

Sur cette question, la ministre de la Justice, Nicole Reboullet a rappelé que "les détenus ne circulent jamais dans la cour d'honneur sauf s'ils doivent sortir". "Dans ce cas, ils sont escortés", a t-elle ajouté. Et de préciser: "Nous n'avions jamais pris la décision d'installer de filet de sécurité, mais nous pourrions revenir sur cette décision."

Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue en fin de journée ce dimanche, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a annoncé une "mission d'inspection" destinée à déterminer s'il y a "eu des défaillances en terme de sécurité passive ou de sécurité active". 

La ministre assure néanmoins qu'en terme de "sécurité matérielle" et de "couverture de personnel", "l'ensemble des positions étaient réunies pour que la sécurité soit assurée". Elle rappelle notamment que "95% du personnel était affecté sur les 100%." 

> Des surveillants démunis

Ce dimanche, les représentants syndicaux de surveillants pénitentiaires interrogés par BFMTV expriment tous leur désarroi. "Les collègues sont extrêmement choqués", témoigne Martial Delabroye, représentant syndical FO au centre pénitentiaire de Réau:

"A l'intérieur de la prison, nous ne sommes pas armés", rappelle-t-il. "Seul les collègues des miradors le sont, mais ils n'avaient pas de contact visuel [avec la cour d'honneur]. Les collègues se sont donc réfugiés dans les postes protégés et ont donné l'alerte."

Les surveillants doivent-ils être armés à l'intérieur des prisons? La question divise la profession: "L'armement en prison peut se retourner contre le personnel", avertit Loïc Delbroc, délégué syndical Ufap au centre pénitentiaire de Réau. "Il faut arrêter l'angélisme, on doit pouvoir se protéger et ce n'est pas avec des sifflets et des gants qu'on va pouvoir faire grand-chose", rétorque Yoann Karar, secrétaire général du syndicat national pénitentiaire. Alors que Rédoine Faïd est toujours en cavale, la question n'est pas prête d'être tranchée.
Ariane Kujawski