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Viols en série à Lyon : la police tente d’éteindre les rumeurs farfelues

A la tête de l’enquête, la sûreté départementale mobilise un directeur d'enquête, une dizaine de policiers et la brigade départementale de protection de la famille.

A la tête de l’enquête, la sûreté départementale mobilise un directeur d'enquête, une dizaine de policiers et la brigade départementale de protection de la famille. - -

Après les agressions sexuelles dont ont été victimes 5 jeune femmes à Lyon, la police tente de mettre fin aux rumeurs non vérifiées courant sur le compte de l’agresseur présumé. Une « psychose » alimentée par une forte médiatisation de l’affaire.

« Agresseur au sourire du jocker, faux-portraits robot, victimes uniquement blondes »: la police de Lyon tente de mettre le holà à des rumeurs farfelues qui alimentent une « psychose » empiétant sur leur enquête pour arrêter un violeur en série qui a agressé cinq jeunes femmes en trois mois dans le 8e arrondissement. « Nous voulons casser ce processus négatif de rumeurs, un début de psychose est en train de se mettre en place », a déploré mercredi Albert Doutre, directeur départemental de la sécurité publique du Rhône.

« Communiquer pour ne pas accréditer la psychose »

Début février, les universités Lyon-1 et Lyon-3 avaient envoyé un courrier électronique à plus de 30 000 étudiants les invitant à « ne pas sortir non accompagnés et à rester vigilant(e)s ». L'information, très médiatisée, avait mis un coup de projecteur sur l'affaire et « rendu délicate notre possibilité d'action sur le terrain », a ajouté le directeur départemental.
Les réseaux sociaux avaient aussi déformé l'information: « On a parlé d'une 6e victime, d'un agresseur au sourire de l'ange ou du jocker, de victimes uniquement blondes incitant du coup des jeunes femmes à se teindre en brunes, d'un portrait-robot qui n'existait pas » a énuméré Albert Doutre qui a démenti des « aberrations ». Sans compter des groupuscules d'extrême droite qui projetteraient de faire eux-mêmes leur milice, a-t-il précisé. Le directeur départemental a indiqué vouloir « communiquer pour ne pas accréditer ce climat de psychose et laisser aux enquêteurs les chances de pouvoir interpeller l'individu ».

Violeur masqué

Depuis le début des faits, la sûreté départementale est en charge de l'investigation qui mobilise un directeur d'enquête, une dizaine de policiers avec l'appui de la brigade départementale de protection de la famille et de « tout le dispositif présent sur la voie publique dont c'est la priorité des priorités », a-t-il ajouté.
Marc Cimamonti, procureur de la République a récapitulé les faits avérés. Le violeur a agi masqué et a commis cinq agressions sexuelles et/ou viols entre octobre 2012 et fin janvier 2013, sous la menace d'une arme blanche (cutter ou couteau), entre 23h00 et 1h30 du matin. Toutes les victimes ont entre 20 et 25 ans. Trois jeunes femmes sur les cinq agressées étaient des étudiantes. Les armes « tranchantes » ont servi à menacer les victimes afin de les contraindre, a ajouté la police.

« Contacter le 17 à chaque fait suspect »

Albert Doutre a plutôt invité les citoyens à « faire preuve de civisme » et à contacter « le 17, police secours » à chaque fait suspect ou agressions dans la rue constatée. Dans « une des agressions, la veille des faits nous avions eu une affaire de violence intra-familiale dans la rue et la police avait été alertée, et le lendemain un cri de femme a été entendu mais les riverains pensaient que c'était la même femme et n'ont pas appelé la police » alors que c'était une victime du violeur qui était agressée, a ainsi relaté le directeur de la police.
La Confédération Étudiante de Lyon et le Mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS) ont appelé à un rassemblement jeudi à l'université Lyon 3. « Nous comprenons le besoin de discrétion des enquêteurs mais nous déplorons l'improvisation dans la gestion de cette affaire (les courriels des universités, les appels de certains élus, les plus folles rumeurs largement relayées), cela met en évidence l'absence cruelle de prévention auprès des étudiantes les plus fragiles », ont-ils souligné dans un communiqué.

Claire Béziau, avec AFP