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Valium, alcool et testament: ouverture du procès de "la Veuve noire de la Côte d'Azur"

Patricia Dagorn est jugée par la cour d'assises de Nice.

Patricia Dagorn est jugée par la cour d'assises de Nice. - Capture BFMTV

Patricia Dagorn, une femme de 57 ans, est soupçonnée d'avoir empoisonné quatre riches veufs de la Côte d'Azur. Deux d'entre eux sont morts dans des conditions suspectes. Elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

On la présente comme une séductrice en quête de richesse. Déjà condamnée en Haute-Savoie, Patricia Dagorn est suspectée d'avoir empoisonné quatre riches veufs sur la Côte d'Azur. Elle est jugée à partir de ce lundi, et pendant toute la semaine, pour "assassinat empoisonnement et administration de substances nuisibles" à quatre vieux messieurs, dont deux sont morts dans des conditions suspectes.

Pour ces faits, Patricia Dagorn encourt la réclusion criminelle à perpétuité. A chaque fois, le plan aurait été le même: des petites annonces ciblant des hommes jusqu'à 80 ans et plus, puis des médicaments, de l'alcool et des cajoleries, et une bonne dose d'aplomb pour obtenir des procurations, des chèques ou des legs en sa faveur. 

"Il s’agit de quelqu’un de très manipulateur et séducteur, note, pour 20 Minutes, le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre. Elle manifeste plein d’empathie à l’égard de ces hommes, établit une relation de confiance, détourne de l’argent et finit par concevoir leur disparition."

Condamnation en Haute-Savoie

Les premiers soupçons sont nés en juillet 2011. Un sexagénaire, marginal, avec qui vivait Patricia Dagorn est retrouvé mort dans un hôtel meublé de Nice. Aucune charge n'était cependant retenue contre elle et personne n'en aurait jamais plus entendu parler si Patricia Dagorn ne s'était pas fait remarquer en Haute-Savoie l'année suivante. En mai 2012, elle fait la rencontre de Robert Mazereau, un veuf de 87 ans, résidant à Annemasse. En échange d'un logement, elle consent à pratiquer des relations sexuelles. Puis l'homme est agressé.

L'affaire, qui lui vaut sa première condamnation à 5 ans de prison en 2013, relance le dossier Kneffel avec la découverte dans les affaires de Patricia Dagorn de flacons de valium et de documents au nom d'une dizaine d'hommes différents, du simple RIB jusqu'au chéquier en passant par des copies de papiers d'identité ou de carte vitale. Les enquêteurs remontent aussi la piste jusqu'à un autre assassinat présumé, celui de Francesco Filippone, 85 ans, retrouvé en état de décomposition avancée chez lui dans sa baignoire en février 2011 à Mouans-Sartoux.

Absence de preuves

Quelques jours avant, Patricia Dagorn encaisse un chèque de 21.000 euros de Francesco Filippone. L'octogénaire voulait l'aider à monter une bijouterie, assure-t-elle. Au total, Patricia Dagorn, arrivée de Sarrant (Gers), aurait connu au moins une vingtaine d'hommes sur la Côte d'Azur de 2011 à 2012, principalement par le biais d'une agence matrimoniale. La plupart en ont été quitte pour des demandes d'argent, la rédaction d'un testament, le vol de documents divers ou dans certains cas, une plainte pour viol. Deux d'entre eux, Ange Pisciotta, 82 ans, et Robert Vaux, 91 ans, parties civiles, se seraient vu administrer des médicaments pour les affaiblir. 

L'enquête de personnalité menée pendant l'instruction a décelé chez l'accusée une attitude vénale et sans scrupule. "Cela fait cinq ans qu’elle explique qu’au-delà des rencontres qu’elle a faites chez ses hommes auprès desquels elle a trouvé un réconfort pour mettre fin à sa solitude, elle n’a rien à voir avec les accusations qui sont faites aujourd’hui contre elles", rétorque Cédric Huissod, l'avocat de Patricia Dagorn, qui dénonce l'absence cruelle de preuves dans le dossier.

Et de conclure: "On a cinq jours pour démontrer, qu’au-delà des suspicions, qu’au-delà du côté sulfureux qu’on a voulu donner à cette histoire, les preuves manquent cruellement dans ce dossier. Sous prétexte qu’elle aurait été au contact de ces hommes, elle serait la cause de tous leurs maux."

Justine Chevalier avec AFP