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Une blogueuse amateur condamnée pour une critique de restaurant

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Dans un billet daté d'août 2013, elle racontait une soirée désastreuse passée dans un restaurant du Cap-Ferret. Estimant désastreux l'impact sur son image, l'enseigne l'a attaquée en justice. Et a gagné.

Une amende pour une critique mal digérée. Le 30 juin dernier, une bloggeuse amateur été condamnée par le tribunal de Bordeaux à verser 1.500 euros de dommages et intérêts à un restaurant à qui elle avait consacré un billet acerbe. L'affaire a été rapportée mardi par le site @rrêt sur images après avoir été médiatisée sur Twitter par le célèbre avocat-blogueur Maître Eolas.

Selon l'avocat, il s'agirait d'une première. "Nouveau", twittait-il lundi. "Des restaurants poursuivent leurs clients qui osent les critiquer. Il faut dire qu'ils trouvent des juges pour leur donner raison."

Nouveau : des restaurants poursuivent leurs clients qui osent les critiquer. Il faut dire qu'ils trouvent des juges pour leur donner raison.
— Maitre Eolas (@Maitre_Eolas) 7 Juillet 2014

A @rrêt sur images, Eolas avance n'avoir jamais eu vent auparavant d'une procédure de ce type, "visant un particulier tenant un blog amateur ne générant aucun revenu".

Le récit d'une soirée désastreuse

"L'Irrégulière" tient en effet un blog personnel intitulé Cultur'elle, hébergé sur la plate-forme grand public Wordpress. Un blog qu'elle décrit comme "un carnet de bord" où elle parle de "ce qu'[elle] aime, les livres (...), les films, la mode et la beauté, la photographie, les hommes et l'amour". Dans sa description succinte, elle n'évoque même pas la cuisine, et pour cause: les critiques culinaires n'y occupent qu'une toute petite place.

Pourtant, un billet de cette bloggeuse dillettante a suffi pour susciter l'ire d'un restaurant du Cap-Ferret, en Gironde, de qui elle a parlé en des termes peu flatteur. "L'Irrégulière" y relate une soirée désastreuse passée dans cet Italien, en août 2013, déconseillant à ses lecteurs d'y mettre les pieds.

Il faut dire que la cliente n'y va pas avec le dos de la cuillère. D'emblée, le titre donne le ton: "L'endroit à éviter au Cap-Ferret". Sont moins décrits les performances culinaires que la qualité du service, l'attitude agressive d'une serveuse comparée à une "harpie" et celle de la gérante, qualifiée de "diva".

Attaquée pour "dénigrement"

Mais la bloggeuse dénonce le fait d'avoir fait l'objet d'une plainte pour "dénigrement" (l'équivalent de la "diffamation" pour un produit ou un service) sans que ne lui ait été au préalable "demandé de supprimer l'article ou de modifier le titre". Prise de court, relate @rrêt sur Images, elle n'a même pas eu le temps de chercher un avocat.

Face à elle, la gérante du restaurant évoque un impact désastreux pour son commerce, rapidement véhiculé par Internet. "Cet article montait dans les résultats Google et faisait de plus en plus de tort à mon commerce", se justifie-t-elle auprès du site.

Existait-il chez la bloggeuse une volonté de nuire, ce qu'induit la notion de "dénigrement"? En la condamnant, la justice a estimé que oui. Détail curieux, elle ne l'a pas contrainte à dépublier les écrits litigieux. Chose que "L'Irrégulière" a fait d'elle-même.

Mathilde Tournier