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Un programme de déradicalisation inédit lancé en Alsace

En juillet dernier, Fatima avait témoigné sur BFMTV de sa déradicalisation.

En juillet dernier, Fatima avait témoigné sur BFMTV de sa déradicalisation. - BFMTV

Pour ne plus s'attaquer aux seuls symptômes, mais traiter la cause des dérives islamistes, le parquet de Colmar va expérimenter des stages de déradicalisation de plusieurs mois. Prononcée en tant que peine principale ou complémentaire, ce programme doit débuter fin septembre.

C'est une première en France. A l'initiative du parquet de Colmar, les personnes poursuivies pour des infractions en lien avec l'islam radical vont se voir imposer des de stages dits de "déradicalisation". Cette expérimentation soutenue par le ministère de la Justice débutera fin septembre au tribunal de grande instance de Mulhouse.

Comme l'explique au Parisien le procureur général de Colmar Jean-François Thony, à l'origine de cette mesure, le but est de sortir, en particulier les jeunes, "d'un processus de type sectaire". "La référence à l'islam pourrait tout à fait être remplacée par une autre religion ou une autre forme d'engagement personnel", continue-t-il en pointant "un manque de repères".

> Quand peut être mis en place ce stage?

Le principe est de permettre aux magistrats du tribunal de grande instance de Mulhouse d'utiliser ces stages "à tous les stades de la procédure", selon Le Parisien.

Deux cas de figure doivent être cependant distingués. Si les faits reprochés restent mineurs, ce programme peut constituer une alternative aux poursuites judiciaires. Si la gravité de l'infraction fait que la justice ne peut faire l'économie d'un jugement, ces stages peuvent être utilisés en amont du procès, dans le cadre d'un contrôle judiciaire ou d'une liberté surveillée. Ensuite, au moment du délibéré, ces programmes peuvent être prononcés en tant que peine principale ou complémentaire, ou être imposés dans le cadre de la contrainte pénale mise en place, l'année dernière, par Christiane Taubira.

Dans les cas où le délinquant est mineur, le stage peut aussi relever d'une mesure éducative.

> A qui ce programme s'adresse-t-il?

La déradicalisation ici envisagée peut être décidée pour tout un panel de délits qui relèvent de près ou de loin d'une dérive radicale: provocation publique à la haine, diffamation, apologie du terrorisme, mais aussi abus de faiblesse, non-présentation d'enfant…

Jean-François Thony, procureur général de Colmar à la source de ce programme rappelle au Parisien que les affaires reliées au terrorisme ne sont pas de la compétence de sa juridiction et n'entrent pas dans le champ d'application de cette mesure. C'est le pôle antiterroriste du parquet de Paris qui est dans ce cas compétent.

> Comment se déroulent ces stages?

Cette déradicalisation doit suivre quatre étapes: diagnostic, rétablissement du lien social, déconstruction du discours radical et enfin réinsertion. Ces stages sont conduits par "une équipe pluridisciplinaire de psychologues et d'éducateurs spécialisés" et non par des imams.

Tous les leviers utiles sont envisagés, de la classique "confrontation avec des victimes du terrorisme", jusqu'à "des stages d'escalade en famille, de psychoboxe", ou encore un "séjour de rupture".

Si l'expérience s'avère être concluante, ce programme pourrait être étendu à toute l'Alsace, "l'une des cinq régions qui comptent le plus de signalements" de dérives vers l'islam radical, précise une source judiciaire.

D. N.