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Un policier jugé pour les morts de Villiers-le-Bel

L'accident en 2007 avait embrasé la ville trois jours durant. Des échauffourées avaient éclatées entre jeunes et forces de l'ordre. Environ 70 policiers avaient été blessés.

L'accident en 2007 avait embrasé la ville trois jours durant. Des échauffourées avaient éclatées entre jeunes et forces de l'ordre. Environ 70 policiers avaient été blessés. - -

Le procès pour homicides involontaires du policier qui conduisait le véhicule dont la collision avec une mini-moto en 2007 à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) a provoqué la mort de deux adolescents suivie d'émeutes s'ouvre jeudi. « Pas de bagarre, on veut juste la vérité », expliquent les amis des deux jeunes.

Plus de 5 ans après la mort de Mouhsin et Lakhamy, tués dans une collision avec une voiture de police à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), un policier est jugé ce jeudi et demain à Pontoise pour homicides involontaires. Le décès des deux jeunes, âgés de 15 et 16 ans, avait provoqué deux nuits d'échauffourées à Villiers-le-Bel et dans plusieurs villes du Val-d'Oise. Les quatre policiers présents à bord du véhicule lors de l'accident avaient d'abord bénéficié d'un non-lieu, les juges estimant qu'aucune faute ne leur était imputable. L'enquête établissait alors que, malgré un excès de vitesse, l'arrivée de la moto, qui devait la priorité à l'automobile, était "imprévisible" et "irrésistible". Celle-ci, qui n'était pas homologuée pour circuler sur les routes, et dont les passagers ne portaient pas de casque, circulait à vive allure, avec un système de freinage hors d'état, selon l'expertise.

Un renvoi en correctionnel en 2011

Mais suite à un appel des parties civiles, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a décidé en septembre 2011 le renvoi du conducteur de la voiture devant le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise). Âgé de 36 ans, il est soupçonné de n'avoir pas pris toutes les précautions qui auraient permis d'éviter la mortelle collision. L'expertise a montré qu'il roulait à 59 km/h juste avant l'accident et à 64 km/h au moment du choc, soit au-delà de la vitesse maximale autorisée en ville. Les enquêteurs s'interrogent notamment sur la raison de son accélération à l'approche de ce carrefour à faible visibilité. Son avocat, Frédéric Champagne, a refusé de s'exprimer avant l'ouverture des débats. « Ce qu'on attend, c'est que le tribunal dise le droit et dise enfin la vérité judiciaire de ce dossier », a de son côté déclaré l'avocat des plaignants, Me Emmanuel Tordjman. « Les familles aimeraient un peu d'empathie, de compassion », a-t-il ajouté, évoquant un « parcours judiciaire » qui dure depuis plus de cinq ans. Le procès du policier, qui doit se dérouler sur deux jours, avait été reporté en juin dernier car le prévenu était mis en examen pour faux témoignage, une instruction qui s'est depuis soldée par un non-lieu.

« Pas de bagarre, pas d’insulte, on veut juste la vérité »

Yarra est une connaissance de quartier de Lakhamy et Muhsim. Il dit qu'il sera à l'audience aujourd'hui. Toujours en colère contre les forces de l’ordre, il réclame justice sans vouloir attiser la violence. « Ça ne va jamais changer, dit-il au micro de RMC. La colère est toujours là. On veut juste la vérité. On ne veut pas de bagarre ou d’insulte. Moi, j’espère que la justice va faire son travail parce quand c’est nous, les jeunes des quartiers, quand on fait des conneries, elle fait son boulot. J’espère que la justice vis-à-vis des policiers va aussi faire son travail. Après tout, on est tous des humains, on fait tous des erreurs. On veut qu’ils admettent leur erreur et surtout qu’ils s’excusent »

« On est convaincu qu’il n’est pas responsable »

Ludovic Collignon est secrétaire départemental du syndicat Alliance. Présent à l’audience ce jeudi, il défend son collègue qui, pour lui, n’est pas responsable du décès des deux jeunes. « On soutient notre collègue depuis le début de cette affaire parce qu’on est convaincu qu’il n’est pas responsable de la mort de ces deux jeunes. IL faut remettre les choses dans le contexte. On a deux jeunes qui roulent sur une mini-moto qui n’est pas homologuée qui n’est donc pas faite pour circuler sur le voie publique. Elle n’a ni frein ni éclairage. Ils sont deux dessus, sans casque et il y a un refus de priorité. La question que le tribunal aura à trancher demain c’est de savoir ce qui est à l’origine du décès de ces jeunes. Est-ce leur imprudence d’avoir roulé dans ces conditions sur la voie publique ou est-ce à cause de la vitesse légèrement supérieure du véhicule de police ? »

La rédaction avec Reuters