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Un militant pro-animaux arrache un chien à un SDF: la polémique enfle

Le militant de l'association Cause animale Nord s'emparant du chien d'un SDF en sa présence.

Le militant de l'association Cause animale Nord s'emparant du chien d'un SDF en sa présence. - Capture d'écran YouTube

Les images d'un militant d'une association pour les droits des animaux s'emparant d'un chiot appartenant à un SDF tournent en boucle sur Internet, provoquant des réactions scandalisées. La police a ouvert une enquête.

Plus de 200.000 vues sur YouTube, des milliers de messages indignés sur les réseaux sociaux… la vidéo montrant un militant des droits des animaux retirant de force un chiot à un SDF à Paris fait vivement réagir bon nombre d'internautes.

Et pour cause, cette vidéo, postée le 19 septembre par un certain Seven Le Duc, surprend par son caractère violent. La séquence démarre en pleine bagarre entre un homme (le SDF) et une autre personne (le militant) dans le quartier des Halles, à Paris. Après avoir tenté de mobiliser brièvement le sans-abri, l’activiste (reconnaissable à sa casquette et son sweat estampillé du nom de l'association Cause animale Nord) aidé d’une femme se précipite pour s’emparer du chiot. Le SDF se relève et tente de récupérer l’animal.

Trop tard, le militant lance l’animal à une troisième personne complice, qui s’enfuit avec le chien dans les bras. Le SDF essaye de les rattraper, en vain… il gémit devant une foule de badauds stupéfaits de la scène qui vient de se dérouler devant leurs yeux. La femme qui a aidé les deux personnes à prendre le chien répète comme pour justifier leur action: "C’est interdit par la loi! C’est interdit par la loi!".

Depuis que la vidéo a été publiée sur YouTube et partagée à l’envi, c’est une avalanche de commentaires plus scandalisés les uns que les autres. Outre la violence avec laquelle cette opération commando a été menée, c’est davantage le fait d’avoir retiré un animal de compagnie à un sans domicile fixe qui semble avoir choqué l’opinion. A tel point qu’une pétition a été lancée sur Change.org, et adressée au tribunal de grande instance de Lille, demandant l’ouverture d’une enquête sur le fonctionnement de l’association Cause animale Nord et exigeant le retour du chien à son propriétaire.

Pas de preuve pour le moment

BFMTV.com a contacté le militant à l’origine de cette polémique: Anthony Blanchard est président de l’association Cause animale Nord, qui dit œuvrer "pour la protection de la faune sauvage et domestique". Pourquoi avoir voulu arracher ainsi un animal à un sans-abri? Il nous livre sa version des faits.

"Samedi 19 septembre, nous (les membres de l’association lilloise, ndlr) étions à Paris pour une manifestation pour le droit des animaux lorsqu’une une dame est venue nous voir (la femme blonde sur la vidéo). Elle nous a dit qu’un Rom mendiant avait un chiot drogué avec lui. Je suis allé avec elle pour moi-même le constater. Le chiot était attaché à une valise avec un lacet de chaussure, complètement amorphe", explique-t-il.

Habitué à ce genre de signalement, Anthony Blanchard assure avoir demandé des renseignements au propriétaire de l’animal, avant de s’en emparer. "Il a dit qu’il n’avait pas les papiers du chien, or la loi l’exige", rappelle-t-il, "alors nous lui avons proposé de le prendre en charge." Mais devant le refus de l'homme, il arrache le chiot à son propriétaire. L’activiste jure avoir agi uniquement dans l’intérêt de l’animal. "J’ai senti qu’il était en danger, il était amorphe, la preuve quand on l’a attrapé, il n’a pas réagi... ", tente de justifier Anthony Blanchard. Et de promettre qu’il n’est "pas une personne agressive".

Il reste à savoir si cet animal était bien drogué, comme ces militants l’avancent. A cette question, le président de l’association Cause animale Nord botte en touche. Il assure que le chiot a été vu par un vétérinaire mais refuse d’en dire plus: "Aucun commentaire". On saura juste que l’animal est "à l'abri" et en bonne santé, vidéo postée sur Facebook à l’appui.

Trafic et opérations de sauvetage

Autre point embarrassant, les propos tenus par des militants de l'association. "Pour justifier cet acte d'une extrême violence, ils allèguent que ce SDF est un Rom, que l'animal était drogué dans le cadre d'un trafic qu'il n'était ni vacciné ni identifié et encore moins nourri", écrivent les signataires de la pétition. 

Une prise de position anti-rom à laquelle l’association aurait déjà adhéré par la passé, fait remarquer de son côté MetroNews, mais Anthony Blanchard s’en défend: "Nous ne sommes pas racistes, nous faisons régulièrement des maraudes dans la rue pour les SDF, sans aucune distinction". Pour lui, le chien a subi de mauvais traitements et est victime de trafic et d’exploitation à des fins de mendicité.

Sur Facebook, de nombreuses communautés existent pour dénoncer ce trafic. BFMTV.com a contacté un des administrateurs de la page "Animaux de rue". Ce dernier explique que chaque jour des personnes envoient des photos de sans-abri suspectés d’utiliser des chiots pour amadouer les gens. Souvent, ils avertissent les associations comme "Stéphane Lamart, la Fondation Brigitte Bardot ou encore 30 millions d’amis pour qu’ils se chargent de prévenir la police. Mais en aucun cas, on n'intervient ou agit avec violence", insiste-t-il. Tandis que d'autres n'hésitent pas à intervenir et font justice eux-mêmes, c'est le cas du groupe Archetype qui multiplient les "opérations-commandos". 

Depuis la publication de la vidéo, Anthony Blanchard reçoit des messages d’insultes et des menaces de mort. Il a entrepris de déposer plainte contre l’auteur de la vidéo ainsi que ceux de la pétition. Car il n’en démord pas, pour lui, le chien était bien drogué, et assure qu’il recommencerait s’il sent que l’animal est en danger. "Je le sortirai de la rue", promet-il. Encore faut-il déterminer si ce chiot était la victime d'un trafic ou le compagnon d'un sans-abri.

Vendredi, la police a annoncé s'emparer de l'affaire et a ouvert une enquête. "Vous êtes nombreux à nous signaler la vidéo", a-t-elle écrit sur sa page Facebook, rappelant qu'il faut contacter police-secours en composant le 17 lorsque l'on est "victime ou témoin d'une agression".