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Tunisie : 1 mort dans des heurts entre policiers et salafistes

Dimanche 19 mai à Ettadhamen, banlieue de Tunis, les forces de l'ordre tentaient de contenir les manifestants radicaux liés à l'organisation islamiste Ansar al Charia.

Dimanche 19 mai à Ettadhamen, banlieue de Tunis, les forces de l'ordre tentaient de contenir les manifestants radicaux liés à l'organisation islamiste Ansar al Charia. - -

Un manifestant est décédé et une quinzaine de personnes ont été blessées dimanche en Tunisie lors d'affrontements entre les forces de l'ordre et des salafistes, protestant contre l'interdiction du rassemblement annuel de leur organisation, Ansar al Charia.

Un homme âgé de 27 ans participant à une manifestation pro-islamiste est décédé dans la banlieue tunisoise d'Ettadhamen à la suite d'affrontements avec les forces de l'ordre, rapporte l'agence de presse officielle Tunis-Afrique-Presse (Tap) sans préciser les circonstances exactes de sa mort. Un journaliste de Reuters a fait état de son côté de plusieurs blessés lors d'accrochages avec la police lors de la manifestation dans la banlieue d'Ettadhamen.
Ces échauffourées ont éclaté dimanche à Kairouan, au centre du pays, et à Tunis, entre la police et des salafistes protestant contre l'interdiction du rassemblement annuel du mouvement Ansar al Charia. L'organisation islamiste, qui soutient ouvertement Al Qaïda, est considérée comme la plus radicale apparue en Tunisie depuis la "révolution du jasmin" qui a renversé début 2011 le régime du président Zine ben Ali. C'est pourquoi le ministère de l'Intérieur avait interdit vendredi le rassemblement de Kairouan prévu dimanche, en expliquant dans un communiqué que le mouvement salafiste « fait preuve de mépris envers les institutions de l'Etat, incite à la violence contre elles et représente une menace pour la sécurité publique ». Le groupe est dirigé par Saïfallah Benahssine, alias Abou Iyadh, un ancien combattant d'Al Qaïda en Afghanistan recherché par la police. Il est accusé d'avoir orchestré une attaque contre l'ambassade américaine à Tunis, qui a fait quatre morts en septembre dernier. Les autorités tunisiennes ont également attribué à un militant salafiste l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, qui avait provoqué en février d'importantes manifestations.

Le porte-parole d’Ansar al Charia a été arrêté

Les violences se poursuivaient dans la soirée de dimanche alors qu'elles avaient diminué d'intensité à Kairouan, où la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour repousser des centaines de jeunes manifestants qui leur lançaient des pierres. La plupart des commerçants, anticipant des violences, avaient fermé boutique. Des incidents similaires se sont produits à Tunis, où la police a lancé des grenades lacrymogènes et tiré en l'air pour disperser quelque 500 salafistes qui chantaient "à bas le tyran" dans le quartier d'Ettadhamen.
Des manifestants ont incendié des voitures et remplacé un drapeau tunisien par un drapeau noir d'Al Qaïda. Le métro et les autobus ont cessé de circuler, tandis que des avions militaires survolaient le quartier. Les violences ont gagné au moins deux autres secteurs de la capitale, selon des témoins. Ansar al Charia a par ailleurs annoncé l'arrestation de son porte-parole, Saïfeddine Raïs, ce que des sources sécuritaires ont confirmé, sans en préciser ni le moment, ni le lieu.

Ansar el Charia qualifiée pour la première fois d’organisation « terroriste »

Jihane Bergaoui, correspondante RMC en Tunisie, souligne le changement de politique du gouvernement à l'égard des salafistes djihadistes. L’interdiction du meeting de Kairouan ne serait en effet que la dernière d’une série de mesures visant à les combattre. « Longtemps accusé de laxisme envers les salafistes, le gouvernement tunisien a décidé de durcir le ton. Un bras de fer qui remonte à fin avril avec la traque dans les montagnes de combattants liés à Al Qaïda et le démantèlement de tentes de prédication par la police. Le parti islamiste Ennhada majoritaire tente de rassurer ses électeurs ainsi que les partenaires étrangers, qui demandent plus de fermeté » explique notre correspondante. Des actes, mais aussi des mots. Pour la première fois, le Premier ministre Ali Larayedh, a qualifié Ansar al Charia de « terroriste ».

« Le gouvernement a montré ses muscles à la suite de pressions occidentales »

Un gouvernement « laxiste » également pour Naoufel Brahimi El Mili, professeur à Sciences po et auteur du livre Le printemps arabe : une manipulation ? Interrogé sur l’attitude gouvernementale qui n’aurait pas anticipé le danger salafiste, il admet une certaine faiblesse, « au départ », avant de constater un retournement de veste du pouvoir : « Au début, le pari de Ghannouchi [chef du parti Ennhada, ndlr] en leur tendant la main [aux salafistes, ndlr] était de les ramener au bercail de la démocratie. Il voulait élargir sa base. Aujourd’hui, le gouvernement est dénoncé par les libéraux et rejeté par les radicaux, ce qui représente la position la plus inconfortable. C’est à la suite des pressions occidentales qu’il a ‘montré ses muscles’ à l’égard de ces radicaux ».

Arrestation d’Amina, inspirée des "Femen"

D'après SITE, organisme de surveillance des sites islamistes, Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi, filiale d'Al Qaïda en Afrique du Nord et au Sahel) a encouragé les islamistes tunisiens à poursuivre « sur la bonne voie » et à faire attention aux provocations du pouvoir.
Ansar al Charia a fait savoir que l'organisation tiendrait la semaine prochaine son congrès à Kairouan. Dimanche, le ministère de l'Intérieur a par ailleurs annoncé l'arrestation d'Amina, la jeune femme inspirée par le mouvement Femen qui a suscité une polémique en s'exposant nue sur sa page Facebook. Elle a été interpellée après avoir accroché une bannière féministe au mur d'une mosquée de Kairouan et tenté de dénuder sa poitrine.

Claire Béziau, avec M. Haÿ, J. Bergaoui et AFP