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Tuerie de Chevaline: une interpellation et des questions

Des gendarmes scientifiques sur les lieux du crime, mardi 18 février 2014.

Des gendarmes scientifiques sur les lieux du crime, mardi 18 février 2014. - -

L'enquête sur la tuerie de Chevaline en septembre 2012 a connu un rebondissement spectaculaire mardi avec l'interpellation d'un homme vivant dans les environs. Qu'a-t-on appris depuis? BFMTV.com fait le point.

L'énigme de la tuerie de Chevaline est-elle en passe d'être résolue? Pour mémoire, ce jour-là, quatre personnes sont retrouvées assassinées sur une route forestière en Haute-Savoie: trois membres de la famille britannique Al-Hili, d'origine irakienne, venue passer des vacances en montagne, et un cycliste de la région, Sylvain Mollier, qui n'a aucun lien avec les Britanniques. Les deux fillettes de la famille Al-Hili seront les seules rescapées du massacre.

Mardi, l'interpellation d'un homme, la première en France depuis le drame, a toutefois permis d'accélérer l'enquête. Pour l'instant, les enquêteurs ne disposent pas "d'élements déterminants" contre E., l'homme placé en garde à vue mardi. L'homme n'a aucun "lien direct" avec les victimes. Quant à la scène de crime, elle a "parlé", mais les indices retrouvés ne permettent pas d'établir avec certitude ce qu'il s'est passé. BFMTV.com fait le point.

>> A 14h, le procureur d'Annecy fera un point sur l'enquête. Une intervention à suivre en direct sur BFMTV et BFMTV.com.

> Qui est l'homme en garde à vue?

• Un ancien policier municipal. E., 48 ans, est père de trois enfants. Réserviste de la gendarmerie depuis 2001, l'homme était également policier municipal à Menthon-Saint-Bernard jusqu'à l'été 2013. C'est en juin que le maire de la commune a découvert qu'il détournait des bons d'achat d'essence destinés au véhicule de la police. L'affaire avait été réglée à l'amiable, par son départ volontaire.

• Décrit comme "amical"... Dans les villages environnants, les descriptions que font les gens de cet homme sont très contrastées. Des voisins, rencontrés par BFMTV, parlent d'un "homme amical", entretenant des rapports "francs et honnêtes" avec son entourage. Le patron du café, où il passait une bonne partie de son temps libre, ne tarit pas d'éloges. "Il s'entendait bien avec tout le monde. Moi je n'y crois pas une seconde, et je suis plus qu'abasourdi."

• ... mais aussi "belliqueux". Mais d'autres dépeignent un "homme craint", proférant des menaces contre certains, vivant de menus trocs de pièces détachées récupérées à la déchetterie située non loin de Menthon-Saint-Bernard. Comme ce voisin, qui le décrit comme "belliqueux". "Deux fois il s'est arrêté en me disant 'Toi, je vais te casser la gueule...'"

> Pourquoi les enquêteurs s'intéressent-ils à lui?

• Des points communs avec le portrait-robot. E. a été dénoncé aux gendarmes par un habitant une semaine à peine après la diffusion du portrait-robot d'un motard, aperçu près du lieu du crime. Il est donc dans le viseur des enquêteurs depuis le mois de novembre dernier.

• Une moto. Outre sa ressemblance frappante avec le visage du portrait-robot, ce qui lui valait d'ailleurs régulièrement quelques moqueries au bistrot où il avait ses habitudes, Eric possède une moto. L'un de ses véhicules, une moto Yamaha noire, se trouvait sous une bâche devant son garage mercredi matin, selon l'une de nos envoyés spéciaux.

• Son téléphone le situe près du lieu du crime. Autre indice: son téléphone portable, saisi par les enquêteurs, a été repéré dans la zone du crime à l'heure des faits, le 5 septembre 2012. Mais pour un ami de la famille, rien d'étonnant à cela: ses beaux-parents habitent dans le secteur. Pourtant, selon nos informations, il ne parvient pas à être clair sur son emploi du temps l'après-midi du meurtre depuis le début de sa garde à vue.

> Que sait-on de la scène de crime?

• Le cycliste tué en premier? Sylvain Mollier serait très vraisemblablement la première victime de la tuerie. Le cycliste, qui passait par là et qui semble être une victime collatérale, a reçu quatre balles: deux dans le dos, une dans le coeur, et une en plein visage.

• Une vue aérienne de la scène du crime montre très nettement des traces de pneus devant et derrière lui. Selon nos informations, les enquêteurs pensent que la BMW des Al-Hili a tenté de fuir dès les premières balles, et a roulé sur le cadavre du cycliste. Le père de famille, qui se trouvait au volant, a ensuite été abattu dans la voiture, tout comme sa femme et sa belle-mère assises à l'arrière.

Enfin, la bicyclette de Sylvain Mollier se trouvait à une vingtaine de mètres de l'endroit où a été retrouvé son corps, de l'autre côté de la route. A-t-il jeté son vélo à terre et couru en voyant le tireur? Nul ne le sait pour le moment.

> Qu'ont donné les premières perquisitions chez E.?

• Un arsenal d'armes retrouvé à son domicile. Des investigations à son domicile à Talluire, où il a emménagé en septembre dernier après son départ de la police municipale, ont permis de mettre au jour la passion d'E. pour les armes anciennes. L'homme possède notamment un Luger, une arme utilisée auparavant par l'armée suisse, qui a été saisie par les gendarmes. C'est ce type d'arme qui a servi à tuer dans l'affaire Chevaline, mais le calibre est différent. De nombreuses autres armes ont été retrouvées à son domicile.

Par ailleurs, selon nos informations, un album assez fin qui appartenait à E. a été remis aux gendarmes. Il contient des photos de ses armes, comme cette mitraillette britannique datant de la Seconde guerre mondiale, ou cette autre photo, plus intrigante, où une arme est posée à côté d'une casquette d'officier de l'armée allemande du IIIe Reich, portant l'aigle avec la croix gammée.

> Que deviennent les fillettes rescapées?

• Miraculées de la tuerie. Zainab et Zeena Al-Hili, aujourd'hui âgées de 8 et 5 ans, étaient présentes lors du massacre de leurs parents et de leur grand-mère. Zainab, alors âgée de 7 ans, était assise à l'avant sur un siège réhaussé. Quand la voiture s'est immobilisée, elle s'est échappée en courant, n'évitant pas au passage une balle dans le dos, des coups de pieds et des coups de crosse extrêmement violents sur le crâne. Zeena, qui n'avait que 4 ans, avait été retrouvée 8 heures après l'arrivée des gendarmes, prostrée sous les jupes de sa mère morte.

• Sous protection 24h/24. Les deux fillettes, passées par une famille d'accueil, vivent actuellement avec leur tante maternelle et son époux, dans un endroit tenu secret en Angleterre. Elles sont scolarisées normalement mais elles vivent sous la surveillance permanente d'agents de Scotland Yard, 24 heures sur 24. La police craint qu'elles puissent encore être la cible du ou des tueurs.

Alexandra Gonzalez avec Dominique Rizet et Cécile Ollivier