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Trois ans après l'attaque de Viry-Châtillon, 13 personnes jugées pour tentative de meurtre sur des policiers

Quatre policiers ont été blessés, dont deux grièvement brûlés.

Quatre policiers ont été blessés, dont deux grièvement brûlés. - AFP

13 accusés âgés de 19 à 24 ans comparaissent à partir de ce mardi, et jusqu'au 6 décembre, pour l'attaque de deux voitures de police qui surveillaient un carrefour de Viry-Châtillon en Essonne. Deux des quatre policiers avaient été gravement brûlés, l'un d'eux n'a toujours pas repris le travail.

La rue de la Serpente, en plein coeur du quartier de la Grande Borne, a-t-elle été le point de départ de la terrible attaque subie par quatre policiers le 8 octobre 2016? A partir de ce mardi, et jusqu'au 6 décembre, 13 accusés, 13 jeunes hommes âgés entre 19 et 24 ans originaires de ce quartier de Grigny, et qui encourent la réclusion criminelle à perpétuité, vont comparaître pour tentative de meurtre sur des personnes dépositaires de l'autorité publique. L'un des policiers agressés n'a pas repris le travail.

L'affaire d'une grande violence avait suscité l'émoi au sein de la police et fait émerger un malaise et un véritable ras-le-bol dans les rangs. Ce 8 octobre 2016, deux équipes de policiers des commissariats de Juvisy-sur-Orge et de Savigny-sur-Orge sont stationnées au carrefour du Fournil, entre la Grande Borne et Viry-Châtillon. Les deux week-ends précédents, la zone a été le théâtre de car-jackings. Une dizaine d'individus cagoulés et vêtus de noir s'en sont pris aux automobilistes pour les détrousser. La caméra de vidéosurveillance installée sur le carrefour a également été vandalisée.

Un policier n'a pas repris le travail

Par surprise, deux heures après leur arrivée, les policiers vont être la cible d'un déferlement de violence commis par une quinzaine d'individus. Un premier bruit de pavé lancé sur la vitre arrière du véhicule sérigraphié de Vincent et Jenny, adjoint de sécurité et gardienne de la paix. Dans la foulée, un cocktail Molotov atterrit dans le véhicule stationné sur ce carrefour du Fournil. Immédiatement, le feu envahit le véhicule et les deux agents sont brûlés. Dans sa fuite, la policière est visée par des jets de pierres. Elle prend un pavé en plein visage. A quelques mètres, une autre équipe de policier est stationnée.

Les deux agents sont eux aussi visés par des jets de pierre. Virginie, gardienne de la paix, reçoit quant à elle un violent coup en plein visage. Sébastien, brigadier, va aller secourir son collègue, Vincent, dans l'attente de renforts. Pris en charge, Vincent présente des brûlures sur un quart de son corps, son pronostic vital est engagé, il est placé dans le coma. Jenny est elle aussi lourdement atteinte, notamment aux mains et aux poignets. Sébastien présente lui aussi des brûlures aux mains. Virginie souffre d'ecchymoses. Trois ans après, ce sont aussi les séquelles psychologiques qui sont les plus fortes, et ils vont devoir se replonger dans ce traumatisme.

"Trois de nos collègues ont pu reprendre dans des conditions, bonnes ou moins bonnes, le travail, détaille Claude Carillo, secrétaire régional adjoint au syndicat Alliance Police. Néanmoins, ils sont toujours marqués psychologiquement. Il y a une cicatrice invisible. Le procès va être compliqué."

Une enquête compliquée

Les premières interpellations ont lieu le 17 janvier 2017, trois mois après l'attaque. Lors de ce procès, 13 personnes sont jugées alors que 19 silhouettes ont été filmées lors de l'attaque. L'enquête a elle été compliquée par "le contexte particulier du recueil des preuves au cours de l'information judiciaire", notent les juges d'instruction. Les images des vidéosurveillance ne permettaient pas d'obtenir une image nette des assaillants, les prélèvements sur les restes des cocktails Molotov ou sur les pierres n'ont pas non plus permis d'identification. Les 1.000 témoignages recueillis lors de l'enquête de voisinage n'ont apporté aucun élément notamment à cause de la "peur des représailles".

Cette omerta s'est expliquée par les pressions, les menaces, voire les violences, écrivent les magistrats, commises sur des personnes ayant permis d'apprendre l'existence de la "Serpente". Pour arriver à un procès, les enquêteurs se sont appuyés sur l'études des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, le bornage des téléphones, les déclarations, souvent en contradiction avec les vérifications effectuées, mais aussi les écoutes téléphoniques, qui parfois reposent sur la sonorisation des parloirs. Au final, seul trois des accusés ne reconnaissent que très partiellement leur présence et des jets de pierre.

"Ce sont des petits cons qui veulent en découdre et dire 'Cassez-vous de notre cité'. Ils ne réalisent pas la gravité de leur geste", estimé un avocat de la défense auprès de l'AFP.

La question du huis-clos abordée

La défense redoute une absence d'individualisation des peines. "L'un des enjeux va être de les individualiser, la peine, ce n’est pas la même pour tout le monde, insiste Me Sarah Mauger-Poliak. Il faut essayer de comprendre qui ils sont." L'avocate estime qu'il n'y a que très peu de preuves, une enquête de voisinage qui ne donne rien, et pas de traces ADN. "Ça va être un peu la parole des uns contre les autres". Si la parole se libère lors du procès. De fait, les audiences doivent se tenir à huis clos, c'est-à-dire en présence seule des accusés, avocats et représentants du parquet, car trois des accusés étaient mineurs au moment des faits.

Mais le parquet pourrait demander la levée de cette publicité restreinte si elle est de l’intérêt de l’accusé, de la société ou de la partie civile. La défense craint, elle, des débordements et des pressions en cas d'audience publique, tandis que ce procès avait réveillé la colère du monde policier. "L'enjeu de ce procès est d’avoir accès à un procès juste, équitable et serein pour que tout le monde puisse s’exprimer dans le calme, et que la justice soit rendue dans de bonnes conditions, conclut Me Deborah Meier-Mimran, avocate d'un accusé mineur au moment des faits. 

"On est dans un procès hors-normes qui s’est inscrit dans un contexte particulier. (...) On est face à de tous jeunes majeurs aujourd’hui, pour la plupart ils étaient inconnus de la justice, il faut se remettre dans ce contexte et laisser aussi la place à la justice et ne pas faire de ce procès un show."
Justine Chevalier