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TOUT COMPRENDRE - Pourquoi une unité de la police en Seine-Saint-Denis est dans le viseur de la justice

Un brassard de police (photo d'illustration).

Un brassard de police (photo d'illustration). - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

La compagnie de sécurisation et d'intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93), visée par une quinzaine de plaintes dénonçant les méthodes employées par ces policiers, va être dissoute.

Des policiers "ripoux" en Seine-Saint-Denis? La préfecture de police de Paris a décidé de dissoudre la compagnie de sécurisation et d'intervention du département après la quinzaine de plaintes déposées contre cette unité de la police nationale. Une décision rare alors même que l'enquête portant sur des faits de vol, de séquestration ainsi que transport et usage de stupéfiants, pour laquelle six policiers sont en garde à vue depuis lundi, n'est pas close.

Le service est désormais dans le collimateur de la justice, et ce alors qu'un premier policier de la CSI 93 sera jugé en novembre après une interpellation violente d'un jeune homme en train de vendre de la drogue. BFMTV.com fait le point.

• Qu'est-ce qu'une CSI?

Une CSI ou compagnie de sécurisation et d'intervention est une unité de la police nationale créée à l'origine pour renforcer la sécurité dans les quartiers et intervenir sur les violences urbaines. Leur mission est d'intervenir en flagrant délit lors des opérations d'anti-criminalité, dont le trafic de drogue. La CSI 93 est composée d'environ 150 policiers. Chargés de la sécurisation sur la voie publique, ils patrouillent pour la plupart en tenue. Certains sont en civil.

Aujourd'hui, cette compagnie est visée par au moins une quinzaine d'enquêtes pour des faits de violences, pour des vols, des délits liés au trafic de stupéfiants ou encore des falsifications de procès-verbaux dans le cadre d'enquête. Certains sont accusés d'avoir mis en place un système de racket des habitants des quartiers. Ces policiers sont depuis un an dans le viseur de l'IGPN, l'inspection générale de la police nationale, après un signalement de leur hiérarchie de possibles dysfonctionnements dans cette compagnie.

• D'où est partie cette affaire de "ripoux"?

Retentissement dans la maison police lundi 29 juin au matin. A 6 heures, six policiers affectés à cette CSI ont été interpellés à leur domicile. Ils ont été placés en garde à vue dans les locaux de l'IGPN, pour une durée maximale de 96 heures, dans le cadre d'une enquête ouverte à l'automne 2019. Les investigations portent sur des faits de vol, séquestration, transport et usage de stupéfiants, ainsi que de faux en écriture publique.

Les faits remontent à l'été 2019. Ces policiers de la CSI 93 ont été filmés en train de déposer de la drogue au pied d'un homme et l'accuser d'en être le propriétaire pour l'interpeller. Cet homme avait porté plainte, la première d'une longue série à l'encontre de ces six agents. Les policiers avaient alors été mis sur écoute. Ecoutes sur lesquelles on les entend se vanter d'avoir mis en place un système pour racketter des trafiquants de drogue et délinquants.

• Quelles sont les autres affaires qui visent la CSI 93?

La CSI 93 est visée par au moins quinze plaintes. Mais elle avait déjà été mise en cause dans une autre affaire, qui a été largement médiatisée à la suite de la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux. Les images montrent une interpellation violente menée en août 2019 à Saint-Ouen par des policiers de la compagnie. Sur la vidéo captée par les caméras de surveillance de la ville et une vidéo amateur, un policier en civil est filmé en train d'asséner plusieurs coups à un autre homme à terre. Avant de le maîtriser et de laisser des collègues prendre la suite. Se relevant, il est filmé en train de donner un coup de pied à l'interpellé toujours au sol. Le jeune homme, qui a reconnu lors de son audition avoir été pris en flagrant délit de vente de drogue, a également expliqué avoir reçu des coups de taser, notamment dans les parties génitales, alors qu'il se trouvait dans le camion de police qui l'emmenait au commissariat.

Pour ces faits, un policier de la compagnie va être jugé le 5 novembre prochain devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique" et "faux en écritures publiques".

• Quel avenir pour la CSI 93?

La commissaire en charge de la sous-direction des services spécialisés de la préfecture de police a concrétisé l'annonce du préfet Didier Lallement qui a déclaré en début de semaine vouloir engager "une réflexion sur la réorganisation des unités de police de la CSI 93". D'ici quelques jours, les quelque 150 policiers seront mutés. Ils doivent choisir un poste en commissariat et fournir à leur hiérarchie trois choix. Ils ont interdiction de postuler au sein d'un service de la sous-direction.

Le préfet de police de Paris a par ailleurs demandé à la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (Dspap) de proposer une réorganisation des CSI sur Paris et la petite couronne dans les mois à venir.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV