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Terrorisme: ces frères de sang qui deviennent frères de jihad

Qu'il s'agisse de partir en Syrie ou de passer à l'action terroriste, les cellules jihadistes comportent souvent des fratries, pour des motifs logiques et tactiques, selon psychiatres et psychologues spécialisés.

Les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui à Bruxelles mardi, les frères Kouachi lors de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris, les frères Tsarnaev qui ont monté l'attentat à la bombe contre le marathon de Boston en 2013: au cours des dernières années, de nombreux frères sont devenus frères d'armes pour semer la terreur chez ceux qu'ils considèrent être des ennemis.

Une fusion difficile à briser

Et dans les listes de procédures judiciaires ouvertes pour départ ou retour de zones tenues par Daesh, les patronymes identiques, souvent par groupes de trois ou quatre, sont nombreux. "C'est un phénomène tout à fait naturel", explique le psychiatre américain et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l'un des premiers à avoir souligné, dans un livre dès 2003, le phénomène.

"On développe son identité sociale d'abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont d'abord les frères et les amis d'enfance, du quartier. C'est ce que j'appelle l'activation de l'identité sociale. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s'inventent une identité de défenseurs d'un islam agressé, de femmes et d'enfants tués dans des bombardements. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres", explique-t-il.

Face à la surveillance étroite mise en place, au lendemain du 11 septembre 2001, dans les mosquées et les lieux de culte, ces petits groupes familiaux, impossibles à infiltrer de l'extérieur, se sont refermés sur eux-même, et ont appris en quelques clics les techniques de dissimulation.

Le cadet souvent plus dur que l'aîné

Psychologue au sein de l'association de déradicalisation Entr'Autres, à Nice, Amélie Boukhobza a elle aussi croisé de nombreuses fratries.

"C'est souvent le plus jeune, qui a plus de choses à prouver, une place à trouver, qui influence l'aîné. L'aîné n'a pas nécessairement l'ascendant", explique-t-elle.

Une analyse illustrée par la relation entre les frères Kouachi: Chérif possédait un casier judiciaire, contrairement à son grand frère, et était le plus vindicatif des deux.

Une fois que cette bulle de radicalisation s'est mise en place, souvent à l'insu d'autres membres de la famille qui constatent simplement que deux ou trois frères se sont rapprochés, se voient souvent, et murmurent à leur approche, elle acquiert une cohérence et une résistance à toute épreuve.

"Cela peut s'élargir aux cercles d'amis proches, avec par exemple le meilleur copain qui épouse religieusement la soeur, et ça crée des cellules très homogènes et confusionnelles du point de vue psychique et affectif", ajoute Patrick Amoyel, psychanalyste à Nice. "A ce niveau intervient une consolidation affective mutuelle qui est très solide, difficile à briser. On l'a vu très souvent. Et ça ne relève pas du tout de la maladie mentale", explique-t-il, évoquant "une envie de passer la limite, d'aller vers la rébellion absolue. Et ça peut finir en action terroriste".

A. G. avec AFP