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De Bondy à la Syrie: le parcours de Charaffe al-Mouadan, le jihadiste français tué par la coalition

Tué le 24 décembre par des frappes de la coalition en Syrie, Charaffe al-Mouadane était un combattant de Daesh. Soupçonné d'être en lien direct avec le commando du Bataclan, le jihadiste affirmait en 2012 n'avoir jamais eu "la moindre intention terroriste".

Ami d’enfance de Samy Amimour, un membre du commando du Bataclan et en lien direct avec Adbelhamid Abaaoud, le combattant français de Daesh Charaffe al-Mouadan a été tué le 24 décembre dernier en Syrie par des frappes de la coalition.

Né à Bondy (Seine-Saint-Denis) en octobre 1989, Charaffe al Mouadan a principalement vécu à Drancy. Il était bachelier option maths et diplômé d'un BTS en informatique.

Footballeur et auto-entrepreneur 

Selon nos informations, il s'est aussi rendu en Allemagne pendant un an, recruté par un club de football. Après une blessure qui a mis fin à sa carrière naissante, il a du retourner en France sans pouvoir remettre un pied sur les terrains pendant deux ans. Il créé ensuite une auto-entreprise de dépannage informatique et de surveillance.

Il est arrêté en octobre 2012 avec Samy Amimour, son ami d’enfance, et Samir Bouabout. Les trois hommes sont placés sous contrôle judiciaire pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme.

En 2012, il ne savait pas s'il était "capable de passer à l'action"

A l'époque, il est déjà considéré comme l’instigateur d’un départ groupé vers le Yémen, afin de rejoindre les rangs d’Al Qaeda dans la Péninsule arabique. A l’époque il explique qu’il pratique l’islam depuis trois ans seulement.

Al-Mouadan nie alors tout penchant jihadiste, même s’il dit projeter de s’exiler en Tunisie pour pratiquer sa religion avec plus de ferveur. Révolté contre les opérations militaires occidentales en Afghanistan, il assure :

"Je pourrais même dire qu'à un moment précis de ma vie j'étais prêt à mourir en martyr pour défendre les musulmans opprimés" mais "je ne sais pas si je serais capable de passer à l'action".

Il ajoute, au juge Trévidic du pôle antiterrorisme du tribunal de grande instance de Paris :

"Je voudrais vous dire que je n'ai jamais eu la moindre intention terroriste ni ici, ni ailleurs, c'est en dehors de mes idées, de mon univers."

En lien avec un membre d'Aqmi

Toujours en 2012, il est en contact avec un certain Abdul M’Bodji, basé au Mali, qui se rend chez lui au mois de février. Aujourd’hui soupçonné de faire partie de la police d’Aqmi, M’Bodji a été condamné par défaut en France en janvier 2015 pour avoir embrigadé des Français.

Pour compléter sa formation, Charaffe al-Mouadan s’entraîne dans un stand de tir, se prépare physiquement et contracte un prêt à la consommation de 20.000 euros. Cette somme lui permettra d’acheter du matériel pour son départ en Syrie. 

En 2013, le départ pour la Syrie 

Il disparaît ainsi peu de temps après son arrestation alors qu’il est sous contrôle judiciaire. Il est soupçonné d’avoir rejoint la Syrie en 2013, voire dès 2012. 

Les enquêteurs ont pu remonter sa piste grâce au témoignage d’un otage du Bataclan, comme l’affirmait Le Parisien le 21 décembre dernier. Selon le rescapé, l’un des kamikaze a demandé à son complice s’il "comptait appeler Souleymane". Abou Souleymane" (le père de Souleymane) était en effet la "kounya" (surnom) qu'utilisait El Mouadan en Syrie et sur son compte Twitter, suspendu.

Malgré tout, il s'agit d'un prénom commun. Les enquêteurs travaillent notamment sur un autre "Abou Souleymane", qui serait un Belge. 

M.L., C.D.