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Attentats de Paris: Salah Abdeslam, de petit délinquant à terroriste le plus recherché d'Europe

A fur et à mesure que l'enquête avance après les attentats de Paris, les enquêteurs réussissent à retracer le parcours de Salah Abdeslam, l'un des planificateurs de ces attaques.

Le vendredi 18 mars, Salah Abdeslam, suspecté d'avoir participé aux attentats du 13 novembre, a été arrêté lors d'une opération de police à Molenbeek. Plus tôt dans la journée, les autorités belges avaient confirmé que des empreintes digitales identifiées comme celles de Salah Abdeslam avaient été trouvées dans l'appartement de Forest, théâtre d'une opération des forces spéciales belges mardi 15 mars. (mise à jour 18/03/2016) 

Il est l'homme le plus recherché d'Europe. Salah Abdeslam, introuvable depuis le 13 novembre, est traqué par tous les services de police. Peu à peu, les enquêteurs réussissent à retracer le parcours de ce franco-belge de 26 ans, les jours précédents les attentats de Paris.

Bien que fiché comme "radicalisé" par la police belge, rien ne semblait permettre d'imaginer qu'Abdeslam se lance dans un tel projet terroriste. Ce vendredi, ce sont deux nouveaux complices présumés qui sont "activement recherchés". Ils auraient pu aider à la préparation des attentats.

Ses antécédents 

Né à Bruxelles le 15 septembre 1989, mais de nationalité française, par son père, Salah Abdeslam a grandi et vécu à Molenbeek-Saint-Jean, une commune à forte population musulmane dans l'agglomération bruxelloise. Il réside dans la maison familiale avec ses frères Brahim, un des kamikaze de Paris, et Mohamed, rapidement mis hors de cause.

Dans ce quartier, il est décrit comme "coquet" et "ni pratiquant, ni pieux" et fréquente "Les Béguines", le café tenu par Brahim où l'on consomme autant de "joints" que de bières.

C'est à Molenbeek que les frères Abdeslam vont côtoyer Abdelhamid Abaaoud. Début 2011, Salah Abdeslam est licencié de la Société des transports en commun bruxellois (STIB). Quelques mois plus tôt, en 2010, il avait été incarcéré pour une affaire de braquage dans laquelle apparaît également Abaaoud.

Son passé judiciaire

Début février 2015, Salah et un des ses frères sont brièvement arrêtés aux Pays-Bas pour possession de cannabis. Au début de l'année également, Salah et Brahim, qui a tenté de se rendre en Syrie, sont interrogés par la police. "Nous savions qu'ils étaient radicalisés et qu'ils pourraient se rendre en Syrie, mais ils ne montraient pas de signe d'une possible menace", a expliqué le parquet fédéral belge. Ils ne sont pas signalés aux autorités françaises.

En juin, les services de renseignement belges transmettent à la maire de Molenbeek une liste de 85 personnes "radicalisées" sur laquelle figurent notamment Abaaoud, les frères Salah et Brahim Abdeslam et un autre de leurs amis, Mohamed Abrini. Ce dernier, soupçonné de s'être rendu en Syrie en début d'été et qui aurait participé aux repérages à Paris, est l'objet d'un mandat d'arrêt international depuis le 24 novembre.

Les derniers préparatifs

Le 4 août, Salah Abdeslam est contrôlé en Grèce alors qu'il embarque sur un ferry pour l'Italie, en compagnie d'Ahmed Dahmani. Ce Belge de 26 ans, soupçonné d'avoir lui aussi participé aux repérages, a été arrêté le 21 novembre en Turquie. Il se préparait à franchir la frontière avec la Syrie, selon des responsables turcs.

L'enquête a également démontré que Salah Abdeslam "s'était rendu à deux reprises à Budapest dans le courant du mois de septembre au moyen d'un véhicule de location". Le 9 septembre, il a été contrôlé à la frontière entre la Hongrie et l'Autriche à bord d'une Mercedes, en compagnie de deux individus qui "faisaient usage de fausses cartes d'identité belges au nom de Samir Bouzid et Soufiane Kayal", selon le parquet belge. A l'époque, le trio explique vouloir passer "une semaine de vacances en Autriche" et n'est pas inquiété.

Les enquêteurs français pensent également que Salah s'est rendu en octobre dans le Val-d'Oise, au nord de Paris, pour y acheter des détonateurs. Des vérifications sont en cours.

Le passage à l'acte

Une semaine avant les attentats, Salah Abdeslam loue à Bruxelles une Polo noire, qui sera retrouvée devant le Bataclan, et une Clio, noire elle-aussi, retrouvée dans le XVIIIe arrondissement. Brahim Abdeslam loue une Seat noire, abandonnée à Montreuil, en banlieue parisienne, avec à son bord trois kalachnikovs et des munitions.

A Molenbeek, Mohamed Abdeslam constate que ses frères ne rentrent plus à la maison. Mais sa mère lui dit qu'ils "avaient trouvé un billet à prix cassé pour partir en vacances". Salah et Brahim sont en fait occupés à réserver les planques de Bobigny et Alfortville, d'où partiront les commandos.

Le 11 novembre, vers 19 heures, Salah Abdeslam et son ami Mohamed Abrini sont filmés dans une station-service à Ressons, au nord de Paris, au moment où ils remontent vers Bruxelles. Le premier redescendra le lendemain au sein du "convoi" amenant les commandos à Paris. Abrini disparaît.

Le 13 novembre, les routes de Brahim et Salah Abdeslam se séparent définitivement lors de leur départ de la planque de Bobigny. Le plus âgé des frères prend part au commando "des terrasses" et se fait exploser près du Comptoir Voltaire.

Salah Abdeslam est lui soupçonné d'avoir conduit les trois kamikazes du Stade de France. Il est ensuite localisé dans le 18e arrondissement, là où Daesh a fait état d'un attentat qui n'a jamais eu lieu, puis dans la banlieue sud, du côté de Montrouge, où un gilet d'explosifs sera retrouvé. A-t-il renoncé? A-t-il connu un problème "technique"?

Dans la nuit, il appelle à l'aide deux amis de Molenbeek, Mohammed Amri et Hamza Attou. A 09h10, le 14 novembre, ils sont contrôlés à Cambrai, au nord de la France. Pas encore signalés, ils peuvent continuer jusqu'à Bruxelles.

Le samedi 14 vers 14h30, Salah Abdeslam est déposé à Schaerbeek, une commune du nord de Bruxelles, par son ami Ali Oukaldi. Il lui confie qu'il va "changer de tête", selon le quotidien Le Monde.

Avant d'ajouter: "On ne va plus jamais se revoir".

La Belgique a inculpé et placé huit personnes soupçonnées d'avoir apporté une aide aux auteurs des attentats de Paris.

J.C avec AFP