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Belgique: Molenbeek dans le viseur

Le quartier de Molenbeek, à Bruxelles, est dans l'oeil du cyclone.

Le quartier de Molenbeek, à Bruxelles, est dans l'oeil du cyclone. - Emmanuel Dunand - AFP

Après les attentats de Paris, l'enquête se partage entre la France et la Belgique, où vivaient une partie des kamikazes présumés.

La Belgique serait-elle un sanctuaire accommodant pour les islamistes radicaux? Deux Français ayant résidé à Bruxelles, dont l'un dans la commune bruxelloise de Molenbeek, figurent parmi les auteurs des attentats meurtriers de vendredi soir à Paris.

La justice belge a par ailleurs émis un mandat d'arrêt international contre Salah Abdeslam, qui vivait à Molenbeek, et son frère Mohammed, arrêté samedi dans les rues de ce quartier populaire alors qu'il revenait de Paris, est toujours en garde à vue. Le troisième de cette fratrie, Ibrahim, serait mort après avoir actionné sa ceinture d'explosifs dans le XIe arrondissement de Paris à proximité d'un café.

Les enquêteurs sont remontés jusqu'aux trois frères grâce à "deux voitures immatriculées en Belgique", retrouvées près de la salle de concert parisienne du Bataclan, où 89 personnes ont été tuées, et en proche banlieue parisienne, selon le parquet belge. "Ces deux véhicules ont été loués en début de semaine dans la région bruxelloise", a précisé le parquet belge.

La commune de Molenbeek dans le viseur

Ce qui frappe, c'est que la Belgique, malgré le renforcement de sa législation antiterroriste, le démantèlement de filières de recrutement et de cellules terroristes depuis les années 1990 et les condamnations qui ont suivi, reste un havre relativement sûr pour les jihadistes. La commune voisine de Molenbeek-Saint-Jean où vit une importante communauté musulmane, dont une minorité de militants radicaux, est notamment dans l'œil du cyclone.

"Je constate qu'il y a presque toujours un lien avec Molenbeek, qu'il y a un problème gigantesque. Les mois passés, beaucoup d'initiatives ont déjà été prises dans la lutte contre la radicalisation mais il faut aussi plus de répression", a reconnu le Premier ministre belge, Charles Michel. "Nous allons travailler de manière intense avec les autorités locales. Le gouvernement fédéral est prêt à fournir plus de moyens", a-t-il promis.

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a promis de "faire le ménage" dans ce quartier populaire qui jouxte certaines rues branchées du centre de Bruxelles. Le gouvernement devrait présenter dans la semaine un "plan d'action" pour Molenbeek, aux contours encore flous.

Les ministres français et belges "déterminés"

Au total, sept personnes ont été interpellées en Belgique depuis samedi, dont au moins cinq à Molenbeek, dans le cadre du volet belge de l'enquête sur les attentats de Paris. La police belge a également procédé à une série de perquisitions à Molenbeek, y compris dimanche selon les médias.

C'est aussi à Molenbeek qu'avaient séjourné en 2001 les assassins du commandant Massoud, en Afghanistan, tout comme Hassan El Haski, condamné pour avoir été l'un des concepteurs des attentats de 2004 à Madrid, ou encore Mehdi Nemmouche, le principal suspect de l'attentat au Musée juif de Bruxelles en mai 2014. L'auteur de l'attaque en août du Thalys Amsterdam-Paris, Ayoub El Khazzani, y avait séjourné chez sa soeur avant de prendre le train. L'enquête sur le carnage évité avait d'ailleurs montré des faiblesses dans les échanges d'informations entre pays voisins.

A l'exception d'Omar Ismaïl Mostefaï, identifié samedi, les assaillants identifiés ne sont pas connus des services français. En revanche, selon une source proche de l'enquête, Salah Abdeslam et Hadfi étaient dans les fichiers des Belges. Pourquoi n'ont-ils pas communiqué cette information à leurs voisins français? Dimanche, Jan Jambon et Bernard Cazeneuve n'ont pas répondu à cette question. Mais à la sortie d'un entretien, les deux ministres de l'Intérieur belge et français ont affiché leur "détermination à agir ensemble".

A. K. avec AFP