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Attaque des Champs-Elysées: "pas de signe" de radicalisation de l'assaillant

Des soldats le soir de l'attentat des Champs-Elysées, le 20 avril 2017.

Des soldats le soir de l'attentat des Champs-Elysées, le 20 avril 2017. - THOMAS SAMSON / AFP

Abattu après avoir tué un policier et blessé deux autres grièvement, l’assaillant des Champs-Elysées n’était pas inconnu des services de police. Garde à vue, tentative d’assassinat, objet d’enquête… L’homme dispose d’un lourd passé judiciaire.

Il n’était pas fiché S, et pourtant. Karim Cheurfi, l’assaillant de 39 ans à l’origine de l’attentat des Champs-Elysées ce jeudi, était bien connu des services de renseignement, de la police et de la justice. Né à Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis, ses premiers écarts remontent à 2001, alors qu’il est âgé de 23 ans.

Au volant d’une voiture volée et armé d’un revolver sur une route de Seine-et-Marne, l’homme percute alors le véhicule de deux frères, dont l’un est élève gardien de la paix. Une course poursuite s'ensuit, et l’assaillant finit par tirer deux balles en direction des deux frères, qui se retrouvent grièvement blessés au thorax. Placé en garde à vue sous un faux nom au commissariat de Melun, il tente d’assassiner un autre agent de police deux jours plus tard. Au cours de sa garde à vue, il réussit, en effet, en prétextant réclamer des médicaments, à s’emparer de l’arme d’un gardien de la paix et à tirer à cinq reprises en sa direction. Ce fonctionnaire le maîtrise ensuite.

Sorti de prison en 2015

Pour ces faits, l’homme est condamné en première instance en 2003 à vingt ans de réclusion criminelle pour tentative d’homicide volontaire. Une peine qui sera réduite en appel à quinze ans en février 2005, alors qu’il reconnaît les faits. Il sera finalement écroué pour cette affaire du 9 avril 2001 au 4 juin 2013. Il va alors faire des aller-retour entre la prison de Fleury-Mérogis et celle de Fresnes.

En 2008, il écope de trois ans de prison pour des violences sur un personnel de l'administration pénitentiaire. En 2009, à 18 mois pour violences aggravées sur un co-détenu. En octobre 2013, il va être interpellé et condamné pour vol aggravé à deux ans de prison et deux ans de mise à l'épreuve. Il sort de la prison de Meaux, en Seine-et-Marne, le 15 septembre 2015. Il était alors suivi par un juge d'applications des peines. S'il réalisait quelques entorses à son contrôle judiciaire, le magistrat n'avait pas de quoi remettre en cause son statut.

L’objet d’un suivi psychiatrique

Karim Cheurfi faisait depuis quelques mois l’objet d’un suivi psychiatrique et d’une enquête pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre des forces de l’ordre. Des déclarations qui lui ont valu d’être placé en garde à vue à Meaux en Seine-et-Marne le 23 février 2017. Selon nos informations, le 24 décembre dernier, un témoin rapporte que l'homme indique vouloir tuer des policiers en "représailles des événements en Syrie". Deux jours plus tard, un autre témoin contacte les autorités pour leur signaler que Karim Cheurfi chercher à entrer en contact avec un jihadiste et qu'il tente de se procureur des armes.

Le 18 janvier, il fait d'ailleurs plusieurs achats sur Amazon, dont deux couteaux de chasse, une caméra GoPro et un masque du fil Scream. Une enquête est alors ouverte. En garde à vue, il va nier ce qu'on lui reproche et affirme que le masque est destiné "à se déguiser pour le carnaval". Les couteaux pour "couper les poissons qu'il pêchait". Les écoutes téléphoniques, l'analyse de ses appareils n'apportent aucun élément faisant penser à une radicalisation ou un passage à l'acte. Faute de preuves suffisantes, la justice a fini par le remettre en liberté.

Inscrit au fichier des personnes radicalisées

Selon nos informations, le parquet de Meaux, pour prendre sa décision, s'est appuyé sur l'examen psychiatrique de l'intéressé qui "ne révèle aucun trouble psychique". L'homme avait été inscrit au Ficher des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste. Il faisait alors l'objet d'une enquête de la part de la DGSI. Mais pendant ses 14 années de détention, l'homme n'avait pas montré de signe de radicalisation, a annoncé le procureur de la République de Paris.

Il avait par ailleurs manqué à plusieurs obligations de son contrôle judiciaire en se rendant notamment, entre le 15 janvier et le 14 février, en Algérie. Il avait prétexté "être parti pour se marier". Là encore, le juge d'application des peines n'avait pas estimé nécessaire de révoquer son sursis ou de sa mise à l'épreuve. Une perquisition a eu lieu jeudi soir à son domicile de Chelles, en Seine-et-Marne. Trois membres de son entourage ont été placés en garde à vue.

Céline Penicaud et Justine Chevalier avec le service Police Justice