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Après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, le bracelet électronique au coeur de la polémique

Adel Kermiche, l'un des deux assaillants présumés de l'attaque mardi à Saint-Etienne-du-Rouvray, faisait l'objet d'une fiche S et portait un bracelet électronique. Une mesure qui fait polémique tant son efficacité dans les cas de terrorisme semble dérisoire.

Mardi, deux assaillants sont entrés dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, et ont pris six personnes en otage. L'une d'entre elles, le prêtre auxiliaire de la paroisse, a été égorgé. Un paroissien âgé de 86 ans a également été grièvement blessé. Adel Kermiche, 19 ans, formellement identifié comme l'un des deux attaquants, portait un bracelet électronique.

Le parquet de Paris fait appel, sans succès

Après avoir tenté à deux reprises de rallier la Syrie, ce jeune Français avait été remis à la France, mis en examen dès mars 2015 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, puis libéré en mars 2016. Il était assigné à résidence sous bracelet électronique en attendant son jugement. Le parquet de Paris avait fait appel de cette libération, sans obtenir gain de cause.

La juge voulait alors croire à un avenir possible pour ce jeune homme perturbé, selon des informations du Monde. Il aurait "pris conscience de ses erreurs", a eu des "idées suicidaires" durant son incarcération et serait "déterminé à entamer des démarches d'insertion".

6 condamnés pour terrorisme portent un bracelet

Adel Kermiche avait donc l'interdiction de quitter le département, une obligation de pointage une fois par semaine au commissariat, de justifier de son activité professionnelle et de remettre sa carte d'identité et son passeport. Il devait également résider au domicile familial mais avait le droit de sortir les samedi, dimanche et jours fériés de 14 heures à 18 heures et du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30. C'est donc pendant cette plage horaire qu'il a commis son acte.

Le placement sous bracelet électronique vise autant des condamnés que des prévenus en attente de jugement, mais il est rarement accordé dans les dossiers terroristes. Au total, selon les chiffres officiels, sur un peu plus de 10.000 personnes portant ce type de dispositif, sept prévenus et six condamnés pour terrorisme islamiste sont concernés.

Un "angle mort"

Il y a quelques jours, le directeur général du renseignement intérieur (DGSI), Patrick Calvar, pointait devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 les limites du contrôle judiciaire des personnes mises en examen dans les dossiers terroristes. Il parlait d'un "angle mort". Pour la DGSI, "il est nécessaire de prévoir des mesures de contrôle judiciaire qui soient très fortes et appliquées à la lettre".

Virginie Duval, présidente de l'Union syndicale des magistrats, a de son côté reconnu un dysfonctionnement dans le cas d'Adel Kermiche. "Il y a eu une faille dans cette situation, a-t-elle assuré sur BFMTV. Evidemment que les magistrats n'ont pas pensé à ce passage à l'acte, sinon ils n'auraient pas mis un bracelet électronique. L'idée, c'était d'empêcher cet individu de partir."

Pour certains, ce dispositif peut même s'avérer complètement inutile. C'est ce que considère Alain Rodier, spécialiste du terrorisme. Le bracelet électronique est "un système qui n'empêche pas de mener une action terroriste", a-t-il estimé sur BFMTV.

"Il va falloir se poser la question: bracelet électronique, pour qui? Pas forcément pour les individus qui peuvent être extrêmement dangereux."

"Cela fonctionne pour les petits délinquants"

C'est également ce que considère Imen Ghouali, auteure du documentaire "Enfermés dehors" sur les bracelets électroniques.

"Le bracelet électronique fonctionne mais pour les petits délinquants, les primo-délinquants, voire pour les non délinquants, a jugé la journaliste sur BFMTV. Ce n'est pas du tout une réponse à apporter à des gens qui sont dans une logique extrême. Les jihadistes ne sont pas des gens qui respectent les règles."

Pour les policiers, relâcher un homme fiché S n'a aucun sens. C'est même "inacceptable", a estimé sur BFMTV Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d'Alliance police nationale. "Il pouvait faire ce qu'il voulait avec son bracelet électronique puisqu'il n'avait aucune obligation de rester chez lui. La véritable interrogation c'est: est-ce qu'on peut libérer ce genre d'individus?"

La question de la rétention administrative des "fichés S"

Même point de vue pour Bruno Retailleau qui va même plus loin. Le président du groupe LR au Sénat a pointé sur BFMTV le "laxisme pénal" dont fait preuve le gouvernement pour endiguer la menace terroriste.

"On se demande pourquoi l'un de ces criminels se trouvait en liberté alors qu'il avait cherché à se rendre en Syrie."

Ce qui pose la question de la rétention administrative des "fichés S", une mesure qui prive de liberté des personnes qui ne sont pas encore condamnées. Le Conseil d'Etat a pourtant récemment estimé "qu'en dehors de toute procédure pénale, la détention de personnes présentant des risques de radicalisation est exclue sur le plan constitutionnel".

>> Notre dossier sur l'attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray

C.H.A.