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13-Novembre, un an après: les Français entre besoin de spectacle et nécessité de sécurité

Avec une sécurité renforcée, les festivals n'ont pas subi l'effet post-attentat.

Avec une sécurité renforcée, les festivals n'ont pas subi l'effet post-attentat. - Guillaume Souvant - AFP

Les conséquences économiques des attentats sur les salles de spectacles se ressentent toujours un an après les attaques. Malgré une baisse de la fréquentation, les professionnels du secteur se félicitent de répondre à un besoin de vivre ensemble.

Comme chaque soir, en semaine ou en week-end, des files d'attente se forment devant les théâtres, les cabarets ou les salles de concert. Depuis un an, les spectateurs sont rodés au rituel: avant d'entrer, ils devront se soustraire à un contrôle de sécurité. Une mesure mise en place au lendemain des attentats du 13 novembre, dont l'assaut contre le Bataclan sonne comme une attaque contre une certaine idée de la liberté.

Un an après la mort de 90 personnes lors du concert des Eagles of Death Metal dans la salle mythique du XIe arrondissement, assassiné par un commando, terroriste, la majorité des Français se sentent en sécurité dans les lieux de spectacles. Ils seraient même près des trois quarts à en croire un sondage Harris Interactive pour le Prodiss, le syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle musical et de variété.

Détecteurs de métaux, fouille au corps...

Dans le cadre du plan Vigipirate, le gouvernement avait exprimé plusieurs consignes à mettre en oeuvre comme le renforcement des contrôles d'accès, la sensibilisation des personnels, des recommandations à l'attention des professionnels du secteur comme recourir aux moyens de vidéosurveillance à l'extérieur comme à l'intérieur ou l'installation de portiques. Après un an de travaux, le Bataclan est lui désormais doté d'un nouveau système d'ouverture de portes mais également de multiples caméras.

"Depuis le 13 novembre, nous avons doublé le nombre d'agents de sécurité, détaille Jean-Louis Ménanteau, le directeur général de La Cigale. Nous avons également acheté des détecteurs de métaux, renforcé la fouille au corps et diffusons une annonce avant chaque spectacle indiquant les issues de secours."

Le patron de la salle de spectacles du XVIIIe arrondissement souligne le comportement des spectateurs. "Les spectateurs n'ont pas manifesté un besoin de mesures de sécurité particulières, mais ont observé et apprécié celles mises en place à la Cigale", poursuit Jean-Louis Ménanteau. Pour cause, toujours selon l'étude pour les professionnels du secteur, 54% des Français se disent plus attentifs aux mesures de sécurité, et 57% souhaiteraient être plus informés sur ces dispositifs.

Baisse de la fréquentation

La préoccupation réside toutefois sur la sécurisation des extérieurs. Jean-Marc Dumontet, patron du Point-Virgule, du Grand-Point-Virgule, de Bobino et du Théâtre Antoine à Paris, envisage de supprimer les fouilles à l'entrée de ses salles, les jugeant "contre-productive" puisque de longues files d'attente se créent sur les trottoirs. Afin d'évaluer les impacts de ces mesures de sécurité, une mission a été lancée par le ministère de la Culture et de l'Intérieur. Il s'agira d'établir "un référentiel précis et détaillé des mesures à prendre par les organisateurs, les services de l'Etat et les collectivités territoriales".

Les semaines après les attentats, l'ambiance était morose. "Durant la période qui a suivi les attentats, de nombreux spectateurs ayant achetés des billets ne venaient pas aux concerts et ne se faisaient pas rembourser", rappelle le patron de La Cigale. Les deux premières semaines après les attentats une baisse de 80% de la fréquentation a été enregistrée. Elle était de 20% à la fin du premier semestre de 2016.

Résistance des festivaliers

Aujourd'hui, les professionnels espèrent que la vente en billetterie va repartir à la hausse, notamment en cette période cruciale de fin d'année avec les spectacles pour enfants, désertés en décembre 2015. 400 entreprises ont déjà été aidées par le biais du fond d'urgence pour le spectacle vivant. Une façon pour eux de commencer à compenser la perte, causée par les attentats, évaluée entre 190 et 220 millions d'euros, dont près de la moitié (90 millions) sont liés aux surcoûts sécuritaires.

Sujet de satisfaction, la période estivale des festivals s'est déroulée sans accroc. Mieux, la fréquentation a été au rendez-vous. Les Vieilles Charrues en Bretagne ont accueilli un nombre record de 278.000 spectateurs pour sa 25ème édition, soit 38 % de taux de fréquentation supplémentaire par rapport à l’année précédente. La fréquentation de Garorock a augmenté de 62%, celle de Solidays de 11%. "On a notre rôle à jouer avec le contexte économique couplé aux attentats, insiste Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss. Les spectacles c’est un fait sociétal, ils permettent une sorte de communion tous ensemble. Les Français ont besoin des spectacles."

Justine Chevalier