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Surpopulation, rats et punaises: le quotidien des détenus de Fresnes

BFMTV a pu pénétrer dans la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, et constater les conditions exécrables de détention, dénoncées aujourd'hui dans un rapport de la Contrôleure générale des prisons. Elle y dénonce une "violation grave des droits des détenus".

Sous les fenêtres des cellules de la maison d’arrêt de Fresnes, dans la cour, des barquettes de nourriture entamées s’amoncellent. Et des rats, par dizaines, se faufilent entre les restes, pas du tout effrayés par la présence humaine.

"On a nettoyé il y a quelques heures à peine", soupire un surveillant. "Mais les détenus ont pris l’habitude de jeter leurs déchets par les fenêtres. Ils font ça pour protester contre leurs conditions de détention, mais aussi tout simplement parce qu’ils manquent de place dans leurs cellules, et qu’ils n’ont pas de réfrigérateur."

Les rongeurs, qui prolifèrent depuis plusieurs années dans les murs de cette vieille prison, envahissent tous les lieux. Et dans la cour extérieure, pas de banc. Pendant leur promenade quotidienne, les détenus sont donc obligés de rester debout: impossible de s'asseoir à même le sol avec tant de rats autour.

Une chaise pour trois détenus dans une cellule

A l’intérieur des murs, un autre fléau empoisonne la vie des détenus et des surveillants: la surpopulation carcérale. Plus de 2.800 prisonniers pour 1.400 places, notamment à cause de la fermeture de la prison parisienne de la Santé, en 2014. Résultat, plus de la moitié des détenus vivent 20 heures sur 24 à trois, dans des cellules de 10 mètres carrés.

Y., P.et L. partagent ainsi leur cellule. Eux ont la chance de bien s’entendre, et de ne pas souffrir de la violence de l'un d'eux. En fond sonore, la télévision, à l’aspect vieillot, qu’ils paient 14 euros par mois à l’administration pénitentiaire. Tous trois passent la majorité de leur journée allongés sur leurs lits superposés, faute de place pour se dégourdir les jambes, et de mobilier.

"On n’a qu’une seule chaise et une table. Donc quand il y en a un qui s’assoit, les autres, ils restent autour. Pour manger assis à table, on attend que les autres aient fini, on alterne", explique l’un d’eux à BFMTV.

Pas d’intimité non plus pour aller aux toilettes, installées dans la cellule, séparées seulement du reste de la pièce par deux battants de porte.

"La peau qui gratte, les boutons qui apparaissent"

L’établissement est également infesté de punaises de lit. Selon un rapport de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, rendu public ce mercredi, 281 cas de maladie de peau liée à ces punaises ont été déclarés entre mars et octobre 2016.

"On a râlé pendant trois semaines pour qu’ils passent nous désinfecter la cellule. Ils l’ont fait, mais ce n’est même pas fini, il y en a encore. Donc t’as la peau qui te gratte, t’as des boutons qui apparaissent. Les seuls médicaments qu’on nous donne, c’est du paracétamol et des cachets pour dormir. Ça n’enlève rien du tout", témoigne l'un des détenus.

Même la douche n’est pas un soulagement pour calmer ces démangeaisons.

"On a le droit à la douche que trois fois par semaine, souvent une douche froide, de 5 à 10 minutes maximum. Et encore, ça c’est quand on est réveillés quand ils viennent nous chercher. Sinon, pas de douche. On doit attendre deux jours de plus..."

Un manque criant de moyens et d’effectifs

La direction se dit consciente de tous ces problèmes, mais fait face à un manque criant de moyens - le budget prévu pour l’année 2017 a été entamé dès le mois de novembre 2016 - et d’effectifs. Il faudrait ici 80 surveillants de plus, mais en région parisienne, et particulièrement à Fresnes, le métier de surveillant pénitentiaire n’attire plus, glisse un responsable hiérarchique. Un salaire bas, des conditions de travail exténuantes, des rapports de force permanents. D’ailleurs, environ 70% des agents de cette maison d’arrêt ont moins d’un an d’expérience.

Laurence Abeille, députée EELV du Val-de-Marne, était venue en février 2015 visiter ces lieux. Lundi dernier, alors qu’elle accompagnait BFMTV dans cette nouvelle visite, elle s’est dite accablée par la dégradation de la situation.

"La surpopulation à l’époque était de 178%, on est au-delà de 200% d’occupation aujourd’hui. Les moyens de la justice ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les conditions d’incarcération ici sont absolument indignes et insupportables, pour les gens qui travaillent ici, comme pour les détenus. Et ce phénomène de surpopulation engendre une grande difficulté pour les détenus pour préparer leur réinsertion. Ils ne peuvent pas suivre correctement des cours, ni des formations professionnelles", s'indigne la parlementaire.

Il y a deux mois, la justice a condamné l’Etat à prendre des mesures contre les nuisibles qui prolifèrent à Fresnes, après avoir été saisie par l’Observatoire international des prisons. Des actions de dératisation sont en cours. Mais à cause de la surpopulation carcérale, qui empêche de laisser les cellules vides le temps de les désinfecter, ces actions sont lentes... et souvent inefficaces.
Alexandra Gonzalez