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Sid Ahmed Ghlam jugé pour le meurtre d'Aurélie Châtelain et une tentative d'attentat en 2015

Sid Ahmed Ghlam comparaît devant la cour d'assises spéciale de Paris du 5 octobre au 6 novembre 2020.

Sid Ahmed Ghlam comparaît devant la cour d'assises spéciale de Paris du 5 octobre au 6 novembre 2020. - AFP PHOTO / OFF

Sid Ahmed Ghlam est accusé d'avoir tué Aurélie Châtelain, en avril 2015, alors qu'il préparait un attentat contre une église à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Il est jugé avec neuf autres personnes, dont deux absents.

Il prétend s’être fait "ensorceler." Sid Ahmed Ghlam est jugé à partir de ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris pour l’attentat avorté, en avril 2015, d’une église à Villejuif (Val-de-Marne) ainsi que le meurtre d’Aurélie Châtelain, présentée comme une victime collatérale des funestes projets de l’accusé.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, l'Algérien reconnaît sa participation à l’organisation du premier - même s'il dit avoir renoncé au projet - mais nie une quelconque responsabilité dans le second. Neuf autres personnes, dont deux présumées mortes en zone irako-syrienne, sont jugées pour lui avoir fourni une aide logistique ou matérielle. Le procès, qui doit durer jusqu’au 6 novembre, se déroule en parallèle de celui des attentats de janvier, au grand dam de la famille de la victime.

Lettre d’allégeance

Le 19 avril 2015, à 9 heures, le Samu est appelé par un étudiant en électronique affirmant avoir été blessé au cours d’un vol à arme à feu. Alors qu’il est hospitalisé, une première recherche permet d’attester que l’individu, Sid Ahmed Ghlam, est fiché S pour radicalisation islamiste.

Lors d’une fouille de son véhicule, les policiers mettent la main sur un arsenal: une Kalachnikov, quatre chargeurs, deux pistolets, un gilet pare-balles et un gilet tactique. Durant la perquisition de son domicile, d’autres armes à feu, une lettre d’allégeance à Al-Baghdadi, leader de Daesh, mais aussi de la propagande jihadiste sont saisies sur son ordinateur.

Le lien est rapidement fait avec une autre affaire ouverte 40 minutes avant l’appel aux services de secours: celle concernant la découverte du corps sans vie d’Aurélie Châtelain, dont la voiture a été partiellement incendiée sur la chaussée. "Lili", mère d’une fille de 4 ans et professeur de fitness a été tuée d’une balle à l’épaule droite. Une douille retrouvée dans l'habitacle correspond à l’un des pistolets saisis plus tôt au domicile de Ghlam.

Aurélie Châtelain a été tuée le 19 avril 2015 à Villejuif (Val-de-Marne).
Aurélie Châtelain a été tuée le 19 avril 2015 à Villejuif (Val-de-Marne). © Raymond Truy / AFP

"Une bonne église avec du monde"

Mais les investigations mettent en lumière une attaque de plus grande envergure et préparée de longue date. Dès la fin du mois de novembre, Ghlam se rend en Turquie, où il rencontre des membres de Daesh avec lesquels il acte l’organisation d’un attentat sur le sol français. En début d’année 2015, il est chargé de trouver la cible parfaite en région parisienne: "une bonne église avec du monde", lui réclame son interlocuteur dans les messages retrouvés sur l’un de ses ordinateurs.

Deux semaines avant le meurtre d’Aurélie Châtelain, il évoque "l’église du Sacré-Cœur": "Il y a beaucoup de gens qui la visitent tous les jours, c’est un lieu touristique." Alors pourquoi s'en prendre à une seule personne? Lui affirme n’avoir rien à voir avec la mort de la mère de famille. Il assure avoir fait machine arrière avant le passage à l’acte et s’être volontairement blessé pour empêcher la mort de nombreux paroissiens.

L’ombre du 13-Novembre

Le meurtre serait, selon ses dires qui varient au gré des interrogatoires, l’œuvre d’un mystérieux complice, qu’il identifie après les attentats du 13-Novembre comme étant Samy Amimour, l’un des terroristes du Bataclan. Une version des faits jugée excentrique par les magistrats en charge du dossier.

Il est en revanche attesté que Ghlam a eu des contacts avec deux vétérans du jihad, présentés comme les commanditaires de l’attaque avortée: Samir Nouad et Abdelnasser Benyoucef, connus pour avoir rejoint des groupes terroristes à l’étranger dès la fin des années 1990. Tous deux sont présumés morts lors d’opérations suicides mais aucun élément ne permet d’attester leur décès avec certitude.

L’accusé a également eu des liens avec un autre nom du jihad hexagonal: Abdelhamid Abaaoud, l’un des assaillants des terrasses du 13-Novembre, tué lors de l’assaut du Raid à Saint-Denis. Il pourrait l’avoir rencontré lors de son séjour en Turquie en fin d’année 2014.

Cinq ans d’isolement

Cinq ans après les faits, la famille d’Aurélie Châtelain attend avec impatience le procès. "Ils savent que cela va être un moment douloureux, qui va raviver leurs blessures, mais ils sont combatifs", précise à BFMTV.com leur avocat, Me Antoine Casubolo-Ferro.

Pour ce dernier, l’un des enjeux majeurs est de démontrer qu’Aurélie Châtelain est l’une des premières victimes du 13-Novembre, puisqu’Abaaoud a été impliqué. L’avocat reproche en revanche à la justice d’avoir maintenu le procès au même moment que celui des attentats de janvier. "C’est maladroit, on a l’impression de passer au second plan."

Sid Ahmed Ghlam est, lui, "impatient de pouvoir s’expliquer", déclare son avocat Maître Jean-Hubert Portejoie, contacté par nos soins. Son client vit très mal la mise à l’isolement depuis cinq ans, "des conditions humaines et psychologiques dégradantes", affirme-t-il.

Sur son rapport à l’islam, l'accusé dit aujourd’hui avoir été "ensorcelé par l’État islamique". Mais les services pénitentiaires ont toujours de sérieux doutes sur sa sincérité. Au cours d’un interrogatoire en février 2018, Sid Ahmed Ghlam s’était félicité d’avoir évité une tuerie dans une église. Devant les enquêteurs, il n’avait alors pas hésité à se comparer à un héros.

Esther Paolini Journaliste BFMTV