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Sciences-Po : la Cour de discipline budgétaire saisie

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La Cour des comptes a enquêté sur des dérives de gestion de l'école sous l'ère Richard Descoings. Le rapport dévoile des irrégularités récurrentes.

La Cour des comptes, relevant "des irrégularités récurrentes dans la gestion" de Sciences Po entre 2005 et 2010, a décidé de "saisir la Cour de discipline budgétaire et financière" (CDBF), qui peut prononcer des amendes, selon son rapport dévoilé jeudi.

La Cour des comptes ne met en cause aucun dirigeant nommément mais pointe des irrégularités dans la gestion des enseignants, sous quatre directions, dont celle des études et de la scolarité, dirigée depuis 2008 par Hervé Crès, pressenti pour succéder au défunt directeur Richard Descoings.

Elle a lancé "une instruction complémentaire" pour "analyser la pertinence d'éventuelles poursuites", affirmait fin octobre Le Monde.

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Le suspense réside moins dans le contenu du rapport, largement dévoilé par la presse (temps de service et décharges des enseignants, super-bonus des dirigeants... dans une école financée à moitié par les fonds publics), que dans la question des poursuites : y en aura-t-il, et si oui, concerneront-elles l'administrateur provisoire Hervé Crès, numéro deux depuis 2008, désigné par les deux instances de Sciences Po pour succéder à Richard Descoings ?

Sa désignation est suspendue au feu vert de François Hollande et de la ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, qui attendent la publication du rapport.

Si Hervé Crès n'était pas confirmé, "ce serait la première fois dans l'histoire de cet établissement qu'on refuserait une proposition", a dit à l'AFP l'économiste Jean-Claude Casanova, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).

>> Hervé Crès élu directeur de Sciences Po

Fin octobre, sept mois après la disparition brutale de Richard Descoings, le Conseil d'administration de la FNSP (qui gère Sciences Po) puis le Conseil de direction de l'Institut de Sciences politiques (IEP) de Paris ont proposé le nom d'Hervé Crès, considéré comme le candidat des présidents des deux instances, Jean-Claude Casanova et le banquier Michel Pébereau.

Cette procédure inédite a été critiquée pour son "opacité" par certains des 24 candidats, des syndicats, l'Unef, et une centaine de membres des personnels, notamment des chercheurs, réunis en assemblée générale la semaine dernière à l'origine d'une résolution envoyée à Geneviève Fioraso, transformée en pétition qui recueillait plus de 620 signatures mercredi à la mi-journée.

Démission

Il faut y ajouter "plusieurs dizaines de personnes (qui) nous ont apporté leur soutien" mais "n'osent pas signer de peur des sanctions", a indiqué à l'AFP Karoline Postel-Vinay, chercheur à la FNSP.

Ces personnels demandent la démission de MM. Casanova et Pébereau.

Il faut "rétablir les conditions d'une direction et d'une gestion sereines", ce qui "passe nécessairement par la mise en euvre des recommandations de la Cour des comptes, afin de mettre fin sans délai aux anomalies relevées", leur a répondu, dans une lettre, Mme Fioraso.

Selon les fuites du projet de rapport, la Cour émet plusieurs recommandations, demandant une clarification des attributions de primes, des rémunérations des cadres dirigeants se référant à celles d'établissements comparables, une limitation du nombre de mandats des dirigeants, ou encore l'introduction au Conseil d'administration de la FNSP d'un représentant de Bercy et d'un autre du ministère de l'Enseignement supérieur.

Sciences Po reconnaît des "erreurs"

Dans ses réponses, Sciences Po "reconnaît avoir commis des erreurs de gestion" et indique qu'elle "va mettre l'accent sur la modération, la normalisation et la transparence des procédures" en matière de rémunération.

Si la Cour estime que la direction de la scolarité (dirigée par Hervé Crès) partage "la responsabilité des irrégularités relevées dans la gestion des services enseignants", l'école rétorque que cette gestion relève de "la direction de l'information scientifique".

Sciences Po insiste sur la légitimité de son double statut, privé (FNSP) et public (IEP).

Jeudi à 11H00, MM. Casanova et Pébereau seront auditionnés par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale.