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Police-Justice

Rodéos urbains: pourquoi la police ne peut pas engager de course-poursuite

Un policier de la Brigade de répression de l'action violente motorisée (BRAV) avec une moto, le 12 décembre 2020

Un policier de la Brigade de répression de l'action violente motorisée (BRAV) avec une moto, le 12 décembre 2020 - Martin BUREAU / AFP

Deux enfants ont été gravement blessés à Pontoise après avoir été fauchés par des motards la semaine passée. Un phénomène récurrent que les forces de l'ordre ont du mal à enrayer.

Alors que deux enfants se trouvent dans un état grave après avoir été fauchés par des motards à Pontoise ce week-end, les difficultés des forces de l'ordre à freiner ce phénomène, qui est présent dans toute la France, sont de nouveau mises en lumière ces derniers jours. Les policiers n'ont, de fait, pas le droit d'engager des courses-poursuites avec les motards.

"Extrêmement difficile à gérer"

Concrètement, il est complexe pour les policiers d'interpeller des individus en flagrant délit de rodéo urbain. C'est "extrêmement difficile à gérer", reconnaît sur BFMTV Yann Bastière, délégué national investigation unité SGP-police.

Et pour cause: il n'est pas possible pour les forces de l'ordre de poursuivre les motards en pleine cavalcade. Une telle opération risquerait de créer encore plus de danger et de faire des blessés supplémentaires.

D'autant que la responsabilité des policiers est systématiquement engagée en cas de chute d'un conducteur, comme le rappelle sur BFMTV Franck Lebas, rattaché au syndicat policier Unité SGP Police. Un risque que ne veulent pas prendre les forces de police.

Une note de la commissaire de la circonscription dans le Val-d'Oise confirme cette interdiction en juin 2021. Elle fait cependant une exception en cas de délit de fuite d'un auteur de "crime de sang flagrant".

Enquête vidéo et saisi des véhicules

"Le parti pris, c'est plutôt de dire: on essaye de les interpeller après l'infraction, d'aller les chercher à domicile, de saisir si possible les véhicules", indiquait l'an passé sur BFMTV Ludovic Cassier, secrétaire départemental du Rhône SGP Police.

Autre moyen d'action possible: "les barrages plus ou moins filtrants", selon le secrétaire de police. Mais dans la plupart des cas, les policiers enquêtent en s'appuyant sur des images de vidéo-surveillance ou avec l'aide de moyens aériens. Or, les bandes sont régulièrement repérées en train d'arborer la même tenue, pour brouiller les pistes. Et certains portent leur casque, ce qui complique forcément le travail d'identification.

Certains policiers, comme Ludovic Cassier, demandent à avoir droit d'employer la technique du contact tactique, consistant à percuter un véhicule en fuite. "Ça nous permet de les immobiliser et de les interpeller", avance-t-il. Autorisée en Angleterre, la méthode reste interdite en France.

Jusqu'à 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende

La loi du 3 août 2018 a pourtant bien créé un délit spécifique pour les rodéos urbains pour tenter d'enrayer le phénomène. Depuis, les auteurs de rodéo urbain encourent 1 à 5 ans de prison, jusqu'à 75.000 euros d'amende, ainsi qu'une confiscation de leur véhicule.

La peine peut s'alourdir si le rodéo est pratiqué en réunion, sous l'emprise d'alcool, de stupéfiants ou en cas de défaut de permis. La promotion ou l'organisation de rodéos mécanisés est également réprimandée. Elle expose à une peine de deux ans de prison et à 30.000 euros d'amende. Mais la loi n'a pas réussi à enrayer complètement le phénomène.

La députée Renaissance des Yvelines Natalia Pouzyreff a demandé ce lundi sur BFMTV que soit mise en place une "formation accrue" des policiers et que leurs véhicules soient équipés de caméras "parce que les caméras piétons ne suffisent pas".

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce lundi que 10.000 opérations de contrôle vont être menées sur le territoire national au mois d'août pour lutter contre ce "phénomène criminel".

Juliette Desmonceaux