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Rhinocéros abattu: dix enquêteurs mobilisés comme pour un meurtre

"Bruno" et "Gracie", deux rhinocéros blancs du zoo de Thoiry (Yvelines)

"Bruno" et "Gracie", deux rhinocéros blancs du zoo de Thoiry (Yvelines) - THOMAS SAMSON - AFP

Des moyens importants sont déployés pour retrouver le ou les braconniers qui ont abattu un rhinocéros du parc animalier de Thoiry, dans les Yvelines, et tronçonné sa corne. Une dizaine d'enquêteurs de la gendarmerie travaillent sur ce dossier, et font face à de nombreuses zones d'ombre.

Vingt-quatre heures après la mort du rhinocéros du zoo de Thoiry, dans les Yvelines, abattu de trois balles dans la tête et dont la corne principale a été sciée et volée, les enquêteurs multiplient les investigations sur cette attaque inédite, au retentissement international.

L'autopsie du rhinocéros, prénommé Vince, a été réalisée ce mercredi matin au parc de Thoiry par deux vétérinaires du zoo, en présence de gendarmes. Elle doit notamment permettre d'extraire les trois balles de la tête du mammifère, tué dans la nuit de lundi à mardi, et tenter de déterminer le type d'arme utilisé.

Travail dans l'inconnu

La dizaine d'enquêteurs de la brigade de recherches de la gendarmerie de Mantes-la-Jolie traite l'affaire "comme si c'était un meurtre d'humain", a indiqué la commandante de compagnie. Des techniciens en identification criminelle étaient d'ailleurs présents mardi.

Gendarmes et vétérinaires sont toutefois confrontés à plusieurs difficultés: impossible de donner avec précision l'heure de la mort, notamment en raison de l'épaisseur de la peau de l'animal et de l'absence de littérature sur l'évolution de la rigidité cadavérique post-mortem des rhinocéros. De même, l'impact de la balle n'a pour l'instant pas permis de déterminer son calibre, car l'effet du projectile "n'est pas le même que sur un humain".

"Tout est compliqué, c'est une affaire très, très particulière", a relevé l'enquêtrice. Les gendarmes ont inspecté le zoo jusque tard dans la soirée de mardi. Une enquête de voisinage a été lancée: les gendarmes s'interrogent notamment sur le fait que personne n'ait entendu les coups de feu, alors que cinq membres du personnel habitent dans le parc.

Une course contre la montre

Pour l'instant, pas de suspect, "mais ça ressemble à de la criminalité organisée, pas d'opportunité", estime une source proche du dossier. "Il y a probablement un réseau derrière" et "de fortes chances pour que la corne ait été vendue avant d'avoir été volée", "un petit peu comme avec les tableaux".

Les enquêteurs luttent contre le temps, "sinon, dans trois jours, la corne, elle est en Chine", craint cette source. Le trafic est généralement destiné à plusieurs pays asiatiques, dont la Chine et le Vietnam, où la médecine traditionnelle attribue toutes sortes de vertus à la corne de rhinocéros, dont celles de guérir le cancer ou l'impuissance.

Un crime sans précédent

Ce trafic est particulièrement lucratif: la corne, faite de kératine comme les ongles humains, peut se vendre jusqu'à 60.000 dollars le kilo sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l'or. Celle de Vince, d'une longueur d'environ 20 cm, est estimée entre 30.000 et 40.000 euros.

Aucun précédent n'a au lieu dans un zoo en Europe. "Il y a quelques années, il y a eu des vols de cornes dans les salles de vente aux enchères, des lieux d'exposition, mais sur du non-vivant", a précisé le responsable du programme Commerce des espèces sauvages au WWF, Stéphane Ringuet.

R.V. avec AFP