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Rémunérer un indic avec de la drogue, "une pratique qui se fait encore", assure un ex-policier

Gilles Guillotin est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour trafic de stupéfiants.

Gilles Guillotin est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour trafic de stupéfiants. - Jean-Pierre Clatot - AFP

Ancien numéro 2 de la police judiciaire de Grenoble, Gilles Guillotin est tombé en même temps que Michel Neyret, super flic en Rhône-Alpes, soupçonné de corruption et trafic de stupéfiants. Il raconte à BFMTV.com les liens entre un policier et son indic.

Gilles Guillotin a passé 33 ans dans la police. 33 ans qui se sont achevés brutalement. L'ancien numéro 2 de la police judiciaire de Grenoble travaillait sous les ordres de Michel Neyret, super flic qui inspirait jusqu'au cinéma. Ce dernier est tombé en 2011, alors qu'on le soupçonne de travailler main dans la main avec le grand banditisme, de rémunérer ses indics avec de la drogue ou encore d'avoir transmis des informations aux voyous.

Ce lundi 2 mai, Neyret et Guillotin se retrouvent sur le banc des accusés au tribunal de Paris. Les deux hommes sont mis en examen, entre autre, pour trafic de stupéfiants. Gilles Guillotin assure n'être jamais tombé dans ces travers et n'avoir jamais remis de produits stupéfiants à l'un de ses informateurs. Dans un livre 33 ans. Flic pour rien?*, il revient sur les relations entre la police et le monde du banditisme. Un échange "gagnant-gagnant" au service de la justice, comme il le décrit à BFMTV.com.

Comment recrute-t-on un indic ?

Ce n’est pas vous qui recrutez l’indic c’est lui qui vous recrute. Il a besoin d’un service. Il est en prison, il a besoin d’un rapprochement géographique, d’un parloir. Il connaît votre nom, il vous contacte. Nous, on peut lui rendre ce service, donc on le fait. Mais c’est un peu comme la pêche en mer, sur 100 lignes lancées, il n’y en a qu’une qui va prendre. Il n’y a pas de retour automatique.

Comment sont-ils récompensés?

Il y a une rémunération qui est à la hauteur de ce qui a été fait. Il faut penser que les renseignements obtenus vont faire économiser de l’argent à la justice en évitant la mise en place d’une surveillance ou d’écoutes. Le problème réside toutefois dans la durée de cette indemnisation. Les indics doivent attendre 4,5,6 mois, c’est une éternité pour eux.

De la drogue est ou a-t-elle été remise en échange d'informations?

C'est une pratique qui se fait encore. Sur la région Rhône-Alpes, ça ne se fait plus du tout. Moi, je ne l'ai jamais fait. Déontologiquement je ne suis pas contre. Si remettre en circulation 5 à 10 kilos de cannabis permet de récupérer 100 kilos de cocaïne, je suis pour.

Peut-on se passer d'indics?

Ce serait un gros gros tort de se passer d’indics. Par exemple, dans l’enquête sur les attentats du 13 novembre, c’est un renseignement humain qui permet de faire tomber Abaaoud. Le renseignement humain est primordial. 60 à 70% des grosses affaires sont réalisées grâce à un indic. Ca fait gagner un temps fou. Par exemple, sur une affaire de stup, c’est du confort et de la sécurité en plus quand vous savez combien il y aura de personnes à interpeller, combien il y a des voitures… C’est à la fois moins coûteux pour nous et pour la justice.

* 33 ans. Flic pour rien. De Neyret au 36, la PJ malmenée. De Gilles Guillotin, aux éditions Temporis.

Justine Chevalier