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Radicalisation: qu'est-ce que le programme PAIRS, qui accompagne 70 détenus à leur sortie de prison? 

Les détenus sont pris en charge à leur sortie de prison.

Les détenus sont pris en charge à leur sortie de prison. - AFP

En 2019, comme en 2018, 30 personnes condamnées pour des faits de terrorisme ont été libérées à la fin de leur peine. L'enjeu, pour la justice et l'administration pénitentiaire, est de gérer et d'accompagner, à l'extérieur, ces individus mis en cause dans des dossiers terroristes ou connus pour leur radicalisation.

C'est un peu comme donner rendez-vous à un ami: on s'appelle, on s'arrange pour se retrouver, on peut aller faire du sport ensemble ou bien visiter un musée. Mais au coeur des discussions, il y a un sujet qui revient, qui domine ces rencontres, c'est la religion et la radicalisation. Depuis un an, un nouveau dispositif, en accord avec l'administration pénitentiaire, a été mis en place pour prendre en charge et accompagner, hors prison, des personnes mises en cause dans des dossiers de terrorisme, souvent pour association de malfaiteurs terroriste, ou signalé comme radicalisées. Y compris des "revenants" de la zone irako-syrienne.

"Il n'y a pas de méthode miracle", reconnaît Kamel*. Mais la déradicalisation existe quand même." Depuis cet été, cet homme est médiateur interculturel et religieux au sein de l'antenne lyonnaise, composée de six personnes, du programme PAIRS (programme d'accueil individualisé et de réaffiliation sociale). Son travail consiste à accompagner les huit individus suivis par ce dispositif, notamment pour tenter de déconstruire le discours de propagande, un accompagnement nécessaire au long terme. "Un luxe que ne peuvent pas forcément se payer", les services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP).

Déconstruire le discours religieux

La première rencontre se fait en prison, avec la signature d'un contrat entre la structure et les personnes signalées radicalisées. "Nous pouvons être saisis par un juge ou par le SPIP", explique Jules Boyadjian, l'un des responsables du programme PAIRS. Mais rien n'est imposé. "Nous créons ensemble un projet personnalisé, c'est la personne elle-même qui sait ce dont elle a envie", détaille Kamel. L'objectif est alors de trouver un logement, un emploi, une formation, un apprentissage et engager des démarches administratives. En clair: réinsérer les individus dans la société pour éviter qu'ils retournent auprès des filières. "On élargit aux loisirs, au sport mais aussi sur le religieux, poursuit le médiateur. Il faut entendre les arguments de la personne, savoir comment elle pense, faire la part des choses entre une pratique rigoriste et une idéologie violente."

"L'idée de base, c'est de travailler sur la violence", poursuit Kamel, alors que sont accompagnées des personnes qui ont eu des velléités de départ pour la zone irako-syrienne, des "revenants" de cette zone, des recruteurs en France ou encore des détenus de droit commun qui se sont radicalisés en prison. "On a une approche profane de la religion", abonde Jules Boyadjian.

L'enjeu est de taille pour la justice et les services, alors que le premier "revenant" français condamné, Flavien Moreau, vient d'être libéré. Lui ne bénéficie pas du programme PAIRS. En 2019, comme en 2018, 30 personnes condamnées pour des faits de terrorisme ont été libérées. 50 autres devraient l'être cette année, tandis qu'en milieu ouvert les services pénitentiaires d'insertion et de probation suivent 270 personnes pour des faits de terrorisme et 500 autres connues pour radicalisation. Le programme PAIRS en a suivi 70 depuis le lancement du dispositif, pour deux tiers des hommes. D'abord expérimenté à Paris, où la volonté est de pouvoir accompagner jusqu'à 50 personnes, il existe désormais à Marseille, Lyon et Lille.

"Le but est de poser un cadre et les faire aller vers une autonomisation", résume le responsable de PAIRS.

Créer une relation de confiance

L'accompagnement va de 3 à 20 heures par semaine, le temps du suivi judiciaire. Les rencontres, souvent en binôme avec un médiateur interculturel et religieux et un psychologue, peuvent se faire au domicile de la personne suivie ou encore dans les locaux du dispositif. La famille ou l'entourage peuvent aussi être mis à contribution, sans entrer complètement dans l'intime.

"Leur posture de départ est de considérer que tout le monde est dans le répressif, notre but est de construire une relation de confiance, et cela demande du temps, décrypte Kamel. Il faut faire comprendre que nous ne faisons pas de renseignement."

Le médiateur reconnaît que le risque zéro n'existe pas. "Il faut éviter de penser à ce genre de chose, admet Kamel. La crainte, c'est plutôt une posture de rejet." Sur les 70 personnes accompagnées depuis un an, 5 cas de récidive sont à noter. "Les très rares cas de nouvelles infractions ne concernent en aucune manière des faits de terrorisme. Même pour ceux, très rares, qui sont retournés en prison, les services judiciaires ont noté que les personnes ont évolué, leur comportement est plus positif", se félicite Jules Boyadjian. 

* Le prénom a été modifié

Justine Chevalier