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Procès des attentats du 13-Novembre: Salah Abdeslam condamné à la perpétuité incompressible

Salah Abdeslam a été reconnu coupable de de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité et d'association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste par la cour d'assises spéciale qui jugeait les attentats du 13-Novembre. Il a été condamné à la perpétuité incompressible.

Salah Abdeslam a été condamné par la cour d'assises spécialement composée pour juger les attentats du 13 novembre 2015 à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible. La justice l'a reconnu coupable de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité et d'association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste. Il a surtout été jugé comme "co-auteur" des attentats, la cour actant que les attentats étaient en réalité "une scène de crime unique".

D'abord annoncé à 17 heures, le verdict a été rendu vers 20 heures. En moins d'une heure, le président Périès a lu les 15 pages, une synthèse des 120 pages de motivations écrites par la cour. Au total, 19 des 20 accusés ont été reconnus coupables de l'ensemble des faits qu'on leur reproche. Mohamed Abrini a de son côté été condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté. Au total, les cinq magistrats professionnels ont prononcé des peines allant de deux années d'emprisonnement à la perpétuité à l'encontre des 20 accusés jugés depuis septembre, dont six par défaut.

Les réquisitions suivies

Au terme de près de 10 mois de débats, le parquet national antiterroriste avait requis la perpétuité incompressible contre Salah Abdeslam au début du mois de juin. Seul des 20 accusés présent lors des attentats, il a été jugé comme "co-auteur" des attaques de Paris et de Saint-Denis. Peu importe qu'il n'ait pas tiré lui-même sur les victimes, l'accusation considère que les différents lieux attaqués sont un lieu unique de crime. Il n'est pas non plus "l'intrus" recruté au dernier moment pour remplacer Mohamed Abrini, soutient encore le PNAT. "Il a pris une part importante dans la préparation" de ces attaques.

"On ne peut que constater que, malgré ses larmes, pétri d’idéologie, il s’est montré incapable de formuler des remords", avait estimé l'avocate générale Camille Hennetier, ajoutant qu'il "est loin d'avoir manifesté un abandon de cette servitude volontaire". Justifiant ainsi ses réquisitions à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, "seule réponse sociale acceptable pour protéger la société".

Les dix mois de procès avaient toutefois permis de noter une évolution dans le comportement de Salah Abdeslam. A l'ouverture du procès, le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre s'était fièrement présenté comme "un combattant de l'Etat islamique". "J'avais noté 'intérimaire'", lui rétorque le président de la cour d'assises.

"Armure fendillée"

Salah Abdeslam avait alors multiplié les provocations estimant être "traité comme un chien" depuis son arrestation, alors qu'il est placé à l'isolement et filmé 24h/24. L'accusé avait encore suscité l'indignation, face à une salle comble, comme à chacune de ses auditions, en déclarant "n'avoir rien de personnel" contre les victimes des attentats assurant que les terroristes avaient "visé" "la France".

Peu à peu, "l'armure s'est fendillée", a assuré son avocate Me Olivia Ronen lors de sa plaidoirie. Le 9 février, assurant "n'avoir tué personne", il dit "avoir fait marche arrière" le soir des attentats. Ce "renoncement" deviendra le fil rouge de ses auditions, même le 30 mars lorsqu'il oppose pour la première - et unique - fois son droit au silence aux questions de la cour. L'avocat général Nicolas Le Bris s'était emporté contre le "teasing" opéré par l'accusé qui se prend pour "une vedette".

Puis le 15 avril, il réaffirme avoir renoncé "par humanité" à actionner sa ceinture explosive après être entré dans un bar dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Une ceinture qui avait été retrouvée à Montrouge, au sud de Paris. Les analyses ont permis d'établir qu'elle était défectueuse mais impossible de déterminer si le terroriste a tenté ou non de la déclencher.

Quid des achats d'explosifs, des locations de voitures, des allers-retours pour récupérer les futurs membres des commandos à leur retour de Syrie? Il répond par des "no comment" obstinés. Semblant incapable de renier son engagement jihadiste, il peut le même jour dire qu'il "aime" le groupe Etat islamique, dont il légitime les actions, et répéter sans ciller qu'il n'est "pas un danger pour la société".

"Mort blanche"

Son avocate a rappelé lors de sa plaidoirie la position de Salah Abdeslam coincé entre "le petit gars de Molenbeek et le guerrier". "Sortir de la radicalité c'est comme apprendre à nager dans une piscine, il se lâche mais ne s'éloigne pas trop du bord, a détaillé Me Olivia Ronen. S'il s'éloigne trop, il se noie." L'avocate avait fait valoir ne pas avoir eu autant d'espoir que son client change en ces 10 mois de procès.

Évoquant "la mort blanche" promise à Salah Abdeslam s'il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, Me Ronen avait appeler à "ne pas remplacer un supplice par un autre supplice." "Bien sûr que ces attentats ont été terriblement cruels mais la justice n'a pas à l'être", avait-elle conclu.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV