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Procès Meilhon : «Laetitia n’avait rien demandé», dit l'oncle de la victime

Le président de la cour d'assises, Dominique Pannetier, a suspendu l'audience en milieu de matinée à la suite d'une bataille de procédure.

Le président de la cour d'assises, Dominique Pannetier, a suspendu l'audience en milieu de matinée à la suite d'une bataille de procédure. - -

Le procès de Tony Meilhon s’est ouvert ce mercredi à Nantes devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. L’accusé, récidiviste, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La famille de Laetitia, jeune fille tuée et démembrée, attend des réponses.

Tenue noire et queue de cheval, Tony Meilhon a fait son entrée mercredi matin au palais de justice, où il devra répondre pendant trois semaines du meurtre de Laetitia Perrais, une jeune fille de 18 ans enlevée, tuée et démembrée près de Pornic, en Loire-Atlantique, en janvier 2011. Les restes de son corps avaient été découverts dans deux étangs.
Encadré par quatre policiers du GIPN, le récidiviste, âgé de 33 ans, s'est installé dans le box des accusés et a calmement décliné son identité devant le président de la cour d'assises, Dominique Pannetier. L'accusé, au caractère jugé imprévisible et qui avait déjà récusé un défenseur, a indiqué qu'il acceptait d'être défendu par son avocat, Fathi Ben Brahim. Ce dernier a fait savoir avant l'audience que son client, qui a passé le tiers de sa vie en prison et qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, entendait faire une déclaration lorsque la parole lui serait donnée.

« Qu’il me dise juste pourquoi il a fait ça »

Une déclaration plus qu’attendue par la famille de Laetitia. Stéphane Perrais, son oncle, aimerait « qu’il parle. Qu’il me dise juste pourquoi il a fait ça. Ma nièce n’a rien demandé. C’était une petite jeune qu’avait le cœur sur la main. Elle commençait sa vie professionnelle et il a tout arrêté ». Stéphane voudrait voir cesser sa « douleur » et souhaite que la procédure puisse « se passer très vite, pour pouvoir avancer, car ce n’est pas facile ».
Delphine, la tante de la jeune victime, a fondé l’association ‘Laetitia Perrais, un ange pour la vie’, et attend que Tony Meilhon soit « déclaré coupable » même si elle avoue « beaucoup d’appréhension de [le] voir ». En revanche, elle est pessimiste sur ce qu’il pourra livrer et s’en remet au procès : « On a des doutes, on s’attend un peu à ce qu’il ne parle pas, et on ne sait pas si ce qu’il va dire sera vrai ou faux ».

« Il n’a jamais voulu porter atteinte à cette jeune fille »

De son côté, Maître Fathi Benbrahim, l'avocat commis d’office de Tony Meilhon, assure que son client ne démord pas de la version accidentelle : « Ce que Monsieur Meilhon souhaite dire, c’est que le fait générateur de tout ça est un accident. Il n’a jamais voulu porter atteinte à cette jeune fille. En ce qui concerne ce qu’il a commis lui, il n’a pas la volonté d’échapper à sa responsabilité ». Le magistrat pense que Tony Meilhon va « s’exprimer très clairement » avant de déclarer que son client appréhendait « des débats pas toujours sereins » où il pouvait être « pris à partie » avant de conclure qu’il s’agissait d’un « passage inévitable ».

Bataille de procédure

Mercredi, après le tirage au sort des jurés (quatre femmes et deux hommes), l'audience a débuté par une bataille de procédure entre les parties civiles, la constitution de celle du père d'accueil de Laetitia, Gilles Patron, et de celle de la mère de l'accusé étant contestées.
Ils ont souligné que le fait qu'il était payé par le Conseil général pour héberger les jumelles n'en faisait pas une victime "directe" du préjudice lié à la mort de Laetitia. En outre, la famille biologique des jumelles Perrais a souligné la difficulté que constituerait pour elle le fait de s'asseoir aux côtés de Gilles Patron, alors que ce dernier a été mis en examen en août 2011 pour viols et attouchements sur Jessica, une affaire qui pourrait être jugée début 2014. Les parties civiles de la famille de la victime et l'avocat de Tony Meilhon se sont par ailleurs opposés à la constitution de partie civile de la mère de l’accusé, rarissime venant d'un parent contre son enfant. L'audience a été suspendue en milieu de matinée par le président, Dominique Pannetier, pour que la cour puisse délibérer sur ces points. Elle ne devait reprendre qu'à 14h.

Rappel des faits|||

Au matin du 19 janvier 2011, le scooter de Laetitia Perrais est retrouvé à quelques dizaines de mètres de son domicile à Pornic.
Interpellé le surlendemain, Tony Meilhon, qui avait pris des verres la veille au soir avec la jeune femme, affirme l'avoir tuée accidentellement en la percutant avec sa voiture et s'être ensuite débarrassé de son corps dans des conditions dont il dit ne pas se souvenir. L'autopsie révèle, outre le démembrement, que la victime a été étranglée et poignardée à plus de trente reprises. Tony Meilhon est mis en accusation pour séquestration suivie de meurtre. La recherche du corps, dont une partie a été retrouvée le 1er février à Lavau-sur-Loire, à 50 kilomètres au nord du lieu de disparition de la jeune femme, puis l'autre à Port-Saint-Père, au sud de la Loire, a engendré un suspense macabre. Depuis le début de l'enquête, Tony Meilhon a alterné les postures, passant d'une coopération relative à un mutisme total voire à l'obstruction. Il a menacé de se suicider en avalant des lames de rasoir au matin de la reconstitution, qui dut être partiellement annulée, en mars 2012. Au moins 40 témoins, une douzaine de parties civiles et une centaine de journalistes sont attendus pour ce procès de "l'affaire Laetitia", qui avait défrayé la chronique par la cruauté du crime et le mutisme de son auteur présumé. Ce faits divers hors normes avait occupé pendant plusieurs semaines le devant de la scène médiatique du fait de la cruauté des actes reprochés mais aussi de l'intervention du président Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat de l'époque avait alors directement mis en cause les défaillances du suivi de Tony Meilhon par les conseillers d'insertion de Loire-Atlantique à la sortie de son précédent séjour en prison, déclenchant un mouvement de fronde sans précédent dans la magistrature française.

Claire Béziau, avec Julien Albin et AFP