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Procès de l'attentat manqué de Villejuif: Sid Ahmed Ghlam raconte la "spirale de la radicalisation"

Sid Ahmed Ghlam, le 5 octobre 2020 devant la cour d'assises spéciale à Paris.

Sid Ahmed Ghlam, le 5 octobre 2020 devant la cour d'assises spéciale à Paris. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Au troisième jour du procès de l'attentat manqué de Villejuif et du meurtre d'Aurélie Châtelain, le principal accusé est revenu sur sa rapide radicalisation, qui l'a poussé à vouloir commettre une attaque pour Daesh.

"Une spirale de la radicalisation" dans laquelle il est volontiers tombé. Devant la cour d’assises spéciale ce mercredi, Sid Ahmed Ghlam a expliqué, parfois laborieusement, le basculement de cette année 2014, lorsque l’étudiant en informatique a sombré dans l’islam radical, puis s’est laissé convaincre de commettre un attentat pour Daesh.

Il est jugé depuis lundi à Paris pour l’attaque manquée d’une église ainsi que le meurtre d’Aurélie Châtelain, en avril 2015 à Villejuif (Val-de-Marne). Aujourd’hui âgé de 29 ans, il comparaît aux côtés de sept individus accusés d’avoir fournis une aide matérielle. Deux autres personnes sont par ailleurs poursuivies, mais présumées mortes en zone irako-syrienne.

Devenir pilote de ligne

Le masque chirurgical sous le nez pendant l’intégralité de son interrogatoire, l’accusé est revenu en détail sur son enfance sans "heurts particuliers" à Tiaret, en Algérie, dans une famille musulmane "par tradition", avec cinq frères et soeurs. Lorsqu’il a neuf ans, les Ghlam déménagent à Saint-Dizier, en Haute-Marne, où il prend des cours particuliers de français pour s’intégrer "sans difficulté" en France.

Après un aller-retour en Algérie où il passe son bac scientifique "mention très bien", sa mère, ses frères et soeurs et lui s’installent définitivement en France. Sid Ahmed Ghlam rêve d’être pilote de ligne. Il démarre des études d’informatique dans une école parisienne, mais a une vie sociale réduite à sa famille, loin du monde étudiant parisien. "La journée, c’était études", explique-t-il, la main constamment accrochée au micro. Il rejoint ensuite un cursus à Reims, où il se fait remarquer pour son absentéisme, notamment aux examens. Progressivement, l'étudiant d'alors s’éloigne des amphis: "J’avais d’autres visions des choses, j’ai rencontré certaines personnes, il y avait la radicalisation (...) C’était pas compatible."

Le piège de "l’isolation"

Au même moment, Sid Ahmed Ghlam connaît un rejet de la part de ses parents. Ces derniers refusent un mariage avec Emilie L., qui est déjà mère de deux enfants. En parallèle, il part en vacances en Algérie, où il fréquente des amis d’enfance, va à la mosquée et suit des cours de religion. "Et puis l’embrigadement", tente-t-il d’expliquer. "On parlait de l’Etat islamique, de l’idéologie, on lisait des prêches.” De retour en France, il garde contact avec le prédicateur algérien et "ne fait plus rien" de ses journées. "Le piège dans lequel je suis tombé c’est l’isolation." "L’isolement, vous voulez dire", le reprend la présidente.

En octobre 2014, l’accusé gagne la Turquie, dans l’espoir de rejoindre la Syrie. Il rencontre dans une "maison d’accueil" deux hommes, "Abdullah" et "Abou Mouthana", qui le convainquent de rentrer en France, où ils auront "besoin" de lui. Moins d’un mois après les tueries de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, Sid Ahmed Ghlam retourne une seconde fois en Turquie, cette fois à Gaziantep, où il apprend "à monter et démonter une kalachnikov": "c’était facile donc j’ai pas mis longtemps", indique-t-il à la cour.

"Ils ont réussi à me briser"

Comme d’autres jihadistes, Sid Ahmed Ghlam évoque ensuite une vidéo de bombardement de la coalition, qui l’aurait convaincu de passer à l’acte:

"Une chose m’a bouleversée. On m’a montré une vidéo d’un bombardement d’une maternité en Irak, ils ont filmé après avoir sorti des enfants des gravats. Cette vidéo m’a fait pleurer, m’a vraiment brisé. C’est comme ça que j’ai accepté, c’est comme ça qu’ils ont réussi à me briser. On m’a désigné que celui qui avait fait ça, c'était la coalition."

En rentrant en France, il effectue sous les ordres des commanditaires du califat les recherches de la cible parfaite en région parisienne, récupère kalachnikov, chargeurs et gilets pare-balles pour l’attaque. Le jour J, l’Algérien prétend avoir fait marche arrière à la dernière minute.

Depuis son arrestation, Sid Ahmed Ghlam reconnaît les préparatifs de l’attentat contre l'église de Villejuif, mais persiste à nier une quelconque participation au meurtre d’Aurélie Châtelain. "Cela vous dit quelque chose, le 7 octobre 2020, monsieur?", l’a interpellé durant l'interrogatoire Me Antoine Casubolo-Ferro, avocat de la famille de la victime. L’accusé répond par la négative. "Aurélie Châtelain aurait fêté ses 38 ans aujourd’hui, monsieur."

Esther Paolini Journaliste BFMTV