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Procès Barbarin: une victime du père Preynat raconte sa "vie bousillée"

Le cardinal Philippe Barbarin ce lundi 7 janvier 2019 au tribunal de Lyon.

Le cardinal Philippe Barbarin ce lundi 7 janvier 2019 au tribunal de Lyon. - JEFF PACHOUD / AFP

L'archevêque de Lyon est jugé avec cinq autres personnes pour "non-dénonciation d'agressions sexuelles" dans le cas d'abus présumés commis sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991.

"Pour l'Eglise, combien coûte une vie bousillée ?", a interrogé mardi à Lyon l'un des plaignants, Christian Burdet, sous les regards attentifs du cardinal Barbarin et cinq anciens membres du diocèse, jugés pour non-dénonciation d'agressions sexuelles d'un prêtre.

"À ceux qui n'ont pas donné ce que j'attendais d'eux, je veux dire que jamais on oublie de telles souffrances", a poursuivi à la barre ce père de famille livrant un témoignage glaçant des agressions sexuelles commises par le père Preynat quand il était un jeune scout de la paroisse Saint-Luc dans les années 1970.

"Le sentiment que beaucoup de personnes savaient "

Il décrit des caresses, des baisers, des masturbations et des fellations subies. Mais, pour lui qui ne s'était jamais confié avant la révélation publique du scandale en 2016 - y compris auprès de son épouse -, les faits sont prescrits et ne pourront pas être jugés.

"Pour moi, tout était bousillé", a-t-il asséné, très ému. "C'est comme si j'étais atteint d'une maladie incurable, qu'on ne peut rien faire pour moi et que je vis avec cette souffrance qui aurait pu être abrégée si les faits avaient été dénoncés plus tôt".

Sa présence dans cette procédure devant le tribunal correctionnel de Lyon sera donc sa "seule journée de parole". "J'ai le sentiment que beaucoup de personnes savaient et qu'à différents degrés, on se renvoie la balle sans arrêt", a-t-il déploré.

"Comprendre comment ce système a été mis en place"

Egalement victime du père Preynat, son frère Didier Burdet, a déclaré avoir croisé "à deux reprises" la route de prêtres pédophiles. Le père Preynat a, selon lui, "eu raison" de sa famille : divorce, perte d'emploi...

Pour un autre plaignant, Matthieu F., 38 ans, une révélation, plus tôt, lui aurait permis de dire à sa mère "de son vivant" ce qu'il avait subi enfant. "Ça aurait pu m'épargner ce regret", a poursuivi le trentenaire. Il aurait été "essentiel qu'elle le sache".

"Si je suis là aujourd'hui c'est pour comprendre comment ce système a été mis en place et pour que d'autres victimes aient le courage de parler", a encore ajouté Christian Burdet.

Celui qui a grandi dans une famille très religieuse, où "le père Preynat avait son couvert", croit toujours en Dieu mais "plus en ces hommes d'Eglise". "Tout a été faussé, tout est faux".

Jeanne Bulant avec AFP